Zatoichi

Film japonais de Takeshi Kitano

Avec Takeshi Kitano, Tadanobu Asano, Guadalcanal Taka

 
   

Par Morgane Perrolier


Durée: 2h

 
 
   

Petite balade dans le noir.

Diffusé quelques mois après Dolls, le dernier film de Kitano mêle, avec
adresse, poésie et violence. En reprenant à son compte un personnage mythique
de la culture japonaise, Takeshi Kitano s'inscrit dans la tradition du film
de sabre tout en se réappropriant les codes du genre, composant ainsi une
oeuvre d'exception.

D'emblée, quelque chose fascine. Un homme blond, assis au bord d'un chemin.
Des lettres bleues qui déchirent le silence du plan : Zatoichi. Ce
personnage, c'est Kitano qui l'interprète, avec une sobriété et un décalage
qui lui sont propres. Plongé dans le Japon du XIXème, le spectateur découvre
alors un masseur aveugle, qui se révèle être, malgré son humble apparence,
un redoutable samouraï. Puis le charme redouble. Le réalisateur japonais
puise dans sa culture des images et des mythes collectifs. Il dessine une
communauté, épure un à un ses membres : le destin mêlé de tous ces
personnages constituera finalement la matière première du film.

Obscurité envahissante, couleurs terreuses, sang rouge vif, richesse du
détail : la splendeur de Zatoichi se démultiplie. Associant tradition et
modernité, exploitant toutes les ressources que lui offre le cinéma, Kitano
arrive au sommet de son art. Ainsi, lors du ballet final, structuré par des
basses électroniques, se rejoignent scènes de combat, danses et musiques
traditionnelles et narration cinématographique.

S'il est un hommage au chambara (la scène sous la pluie n'est-elle pas un
clin d'oeil aux Sept Samouraï de Kurosawa ?), Zatoichi est avant tout un
conte philosophique : " Même avec les yeux grands ouverts, je n'y vois rien
", confesse le personnage à la fin du film. Ainsi, quand les lumières se
rallument, nous sommes convaincus : si c'est bien eyes wide shut que l'on
découvre la vraie nature des choses, Kitano a tout de même réussi à nous en
mettre plein la vue.