Motown, la véritable histoire

Film américain de Paul Justman

Avec The Funk Brothers, Joan Osborne, Ben Harper...

Sortie le 19-11-2003
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h48

 
 
   

Ce documentaire est tout entier consacré à la gloire d’illustres inconnus nommés les Funk Brothers, musiciens qui participèrent à presque tous les succès de Motown – ce label de Detroit qui révéla dans les années 60-70 les grands artistes de la musique soul, r&b et funk noire américaine : Diana Ross and The Supremes, The Temptations, Marvin Gaye, The Four Tops, Stevie Wonder, etc. C’est peu de le dire, ce n’est pas la demi-mesure qui l’étouffe.

Motown est une véritable hagiographie, martelant au spectateur du début à la fin, avec force procédés chocs (le pré-générique nous apprend ainsi que les Funk Brothers ont " associé leur talent à plus de hits que les Beatles, les Rolling Stones et Elvis Presley réunis ! ", hits dont le générique de fin nous gratifiera de la liste exhaustive…), l’incommensurable injustice résidant dans le fait que personne ne connaisse ces génies qui, bien souvent, inventèrent dans leurs accompagnements des accords, des harmonies, des rythmiques révolutionnaires.

C’est vrai, ces musiciens impressionnants méritaient qu’on parle d’eux. Mais à aucun moment le film ne sort de sa voie toute tracée d’avance, celle de l’éloge mêlé d’indignation, pour s’interroger un tant soit peu sur les modalités, les enjeux, les conséquences de ce qui a causé cette indignation. On dirait que l’injustice, dans laquelle certes les producteurs ne sont pas pour rien, mais c’est à peine évoqué, n’est que le fait de la fatalité. Et le film semble en fait ne s’indigner contre personne. Il y a pourtant quelque chose de profondément dérangeant dans la façon dont ces musiciens expliquent à demi-mot que non seulement ils ont été exploités, mais qu’ils n’y ont pas opposé grande résistance… Ce dont personne, c’est un comble, ne semble se soucier.

Alors 1 h 48 durant, ce seront des interviews cools, sympas drôles ou émouvantes, des reconstitutions esthétisantes et explicatives d’anecdotes, des commentaires creux et louangeurs… Il y a aussi la captation avec dispositif MTV (points de vue multiples, grues, travellings…) du grand concert organisé à Detroit pour réhabiliter les Funk Brothers, et où les tubes des grands du Motown sont repris par le fade Ben Harper, la surprenante Joan Osborne, l’inénarrable Bootsy Collins et quelques autres.

En fait, nous apprend le dossier de presse, ces performances live ont été enregistrées six jours durant. Dans le film, c’est " un concert événement ". Seuls les faux raccords trahissent la tendance à faire croire que tout a été filmé en une seule fois. Et que donc on assiste à un montage de plusieurs prises. Bon. On ne va pas s’en formaliser, en conclure dans des diatribes enflammées que le réalisateur n’a aucun respect pour la réalité filmée, n’a pas conscience qu’on peut susciter bien plus d’émotion avec un plan-séquence fixe faisant confiance à ce(ux) qu’il filme qu’avec dix mille plans bougeant dans tous les sens, etc. C’est juste révélateur du côté très léché et peu surprenant de ce documentaire à l’esthétique institutionnelle, qui vaut surtout pour sa formidable compilation de chansons.