Stormy Weather

Film français de Solveig Anspach

Avec Elodie Bouchez, Didda Jonsdottir

Sortie le 19-11-2003
 
   

Par Henri Lanoë

 
 
   

Sale temps

La Femis, comme son nom semblait l’indiquer, (oublions l’actuelle et imprononçable Ensmis), a formé beaucoup de réalisatrices, ce qui était moins le cas du temps de l’Idhec. Depuis sa fondation, la liste accumule les personnalités souvent originales qui s’imposent dans la profession : Emilie Deleuze, Raja Amari, Emmanuelle Bercot, Marina de Van, Solveig Anspach, entre autres…

Cette dernière, après quelques courts métrages, réalise le remarqué Haut les c½urs, puis un long documentaire sur la peine de mort, Made in U.S.A. Elle nous offre aujourd’hui Stormy Weather, tourné en grande partie dans son Islande natale.

La première partie du film décrit avec beaucoup de délicatesse la relation difficile qui s’établit entre un jeune médecin psychiatre (Elodie Bouchez) et une patiente muette, Loa, en proie à de violentes crise de démence (Didda Jonsdottir) dont une caméra attentive scrute l’admirable visage qui exprime tous les degrés de la détresse. Les actrices, l’image et le son parfaitement maîtrisés nous entraînent dans un récit pudique, efficace et émouvant.

Soudain, une totale rupture de ton et d’inspiration font basculer l’histoire dans un nouvel univers où nous perdons tous les repères crédibles du début et un autre film commence. Pour des raisons obscures, la malade peut quitter sans difficultés l’hôpital psychiatrique qui l’hébergeait et retourne en Islande d’où elle venait. Elle n’en retrouvera pas la parole pour autant, ni le calme. Flanquée d’un mari ivrogne, elle travaille dans une pêcherie où son état mental ne semble troubler ni les ouvrières, ni le médecin local. Par contre, Elodie Bouchez, qui ne supporte pas d’avoir été séparée de cette malade qu’elle espérait guérir, part à sa recherche et vient la rejoindre sur son île glaciale où l’accueil est à l’unisson du thermomètre.

C’est là où dérape le scénario : on a du mal à croire que la psychiatre puisse ainsi abandonner son service (et son compagnon) à la poursuite d’une malade. De même, l’indifférence générale qui entoure Loa chez elle parait peu vraisemblable. Finalement, ne pouvant convaincre ni le mari, ni le médecin qu’elle serait mieux soignée dans son service, elle abandonne la partie et repart sur cet échec. Le tout avec une météo désastreuse et un froid de canard qui n’inciteront pas les spectateurs à passer leurs vacances dans la région. Pourquoi ce pléonasme (fréquent au cinéma) entre les éléments hostiles et le drame vécu par les protagonistes ? Je suis certain que si Solveig Anspach avait conservé le style sobre qui avait si bien servi les séquences d’exposition, elle aurait totalement réussi son film. Rien n’empêchait de développer cette histoire sous un ciel serein, dans une île ensoleillée, avec des habitants exprimant un minimum de compassion. Le solitude intérieure de Loa n’en aurait été que plus poignante. Le regret que j’exprime ne met pas en doute le talent évident de cette réalisatrice dont nous guetterons le prochain film en espérant que la rigueur du scénario égalera, cette fois, la qualité de la mise en images.