Les sentiments

Film français de Noémie Lvosky

Avec Melvil Poupaud, Isabelle Carré, Nathalie Baye, J-P Bacri

Sortie le 05-11-2003
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h30

 
 
   

La gourde d’à côté

Deux couples, deux maisons mitoyennes: ce qui pourrait prendre la forme d’un quatuor beckettien (une variation sur le "Nous sommes liés" de Godot) marque l’entrée de la réalisatrice Noémie Lvosky dans une "ère du soupçon". On s’en serait bien passé. Comédie enlevée et fleurie ou huis clos de théâtre et déchaînement des passions ? Fatigue sentimentale, effritement des certitudes conjugales et imprécision du désir sont à l’ordre du jour. Il faudra pourtant attendre le paradigme final pour être enfin ému…

Jacques (le charmant Melvil Poupaud), jeune médecin apathique, emménage à la campagne avec son épouse, la frêle Edith (Isabelle Carré), aimable gourgandine au QI de protozoaire. Le couple voisin, en pleine déréliction, est constitué d’une ménagère pimpante et guillerette - performance de Nathalie Baye, hystérique à souhait - flanquée d’un jeune retraité, Jean-Pierre Bacri, bougon, autant dire égal à lui-même, et qui peine à mener à bien son rôle d’amoureux transi. A noter aussi deux adolescents tels qu’on n’en voudrait pas.

Conquise par l’accent de sincérité qui se dégage des airs de variété, la réalisatrice a pris soin d’entrecouper de nombreuses scènes de chansons redondantes (avec interprètes déguisés), d’une ringardise infinie. La coquetterie des couleurs et les motifs bariolés fonctionnaient de concert avec l’exubérance juvénile dans son précédent film, La vie ne me fait pas peur: ici tapis et tentures entrent en conflit avec les robes de ces dames, au lieu d’impressionner comme une toile de Vuillard.

Le plus gênant, à mes yeux, est la ressemblance qui affleure avec La femme d’à côté, parasitant la lecture du film qui reprend texto certaines scènes. Clamant que les deux œuvres n’ont rien à voir, l’infortunée Noémie Lvosky admet néanmoins avoir été attirée vers le cinéma par les films de Truffaut.

Noémie Lvosky, on le sait, ne manque pas de talent (Claude Berri ne tarit pas d'éloges à son égard); mais si les intermittences du cœur sont sincères, Les sentiments échoue à susciter un intérêt. Mise à par, peut-être, une envie immodérée de retapisser les murs.

On peut à la rigueur songer au chemin qui reste à parcourir à Noémie Lvosky et méditer – sans nostalgie - sur cette phrase de Fanny Ardant résumant son rôle dans La femme d’à côté : "C’est une chance inouïe de rencontrer l’homme qu’on aime au Prisunic, ça n’arrive jamais"...