Raja

Film français de Jacques Doillon

Avec Pascal Greggory, Najat Benssalem…

Sortie le 03-09-2003
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h52

 
 
   

Le Jeu de l’amour et du bazar

Pauvre Fred (Pascal Greggory) ! Déambulant oisivement dans sa propriété marocaine agrémentée d’une poignée de domestiques indigènes, le voilà, lui le dandy désabusé isolé du monde, qui s’entiche d’une de ses jardinières. Favorisée par la barrière du langage, l’incompréhension s’installe : est-il vraiment amoureux ou veut-il seulement du " cul léger " ? est-elle vraiment amoureuse ou ne cherche-t-elle qu’à se marier pour échapper à sa condition ? On se frôle, on joue, les malentendus s’enchaînent… Partager un bonheur simple semble compromis.

Un début singulier, nerveux, peut-être trop. Puis les prémices de l’intrigue se mettent en place, posément. Alors l’agacement s’installe ; ce n’est pas forcément un mal. Mais voilà la lassitude qui pointe son nez. Et cède la place à l’exaspération - irrémédiablement.

Les multiples contradictions inhérentes au film (" J’aime ? je n’aime pas ? je ne sais pas… " songent simultanément personnage et spectateur), d’abord stimulantes, finissent à force par contrarier tout l’intérêt qu’on y avait d’abord porté. Fred, propriétaire post-colonial qu’on a du mal à plaindre, suscite ainsi de temps à autre de l’attachement. Mais ses marivaudages, d’abord touchants, deviennent bien vite complaisants. Et les états d’âme que Pascal Greggory, en roue libre, prodigue à voix haute sans aucune crédibilité ne sont guère en mesure d’en appeler à notre indulgence…

Le choix de l’acteur n’est évidemment pas anodin ; Greggory trimballe avec lui Rohmer et Chéreau, auxquels le sujet peut faire penser. Mais Doillon n’a aucun des regards, distincts mais également acérés, que portent ces cinéastes sur les comportements humains. Il n’a ni le charme moral de l’un, ni la force charnelle de l’autre. Du reste, sa mise en scène reste humble, discrète. Peut-être trop… Peu expressive, elle s’en remet apparemment à ce qui peut se passer devant la caméra. Malheureusement, aucune fulgurance d’acteur, aucun hasard miraculeux ne jaillit, que cette dernière puisse se targuer d’avoir saisi.

Raja n’est pourtant pas sans qualités. La photo, d’une belle clarté évitant l’esthétisme orientalisant, capte avec finesse la lumière du décor marocain. Quelques scènes, notamment celles où l’on assiste à la complicité entre Fred et ses deux cuisinières (où il est dit que, beauté et jeunesse n’apportant que leur lot de complications, l’épouse idéale est vieille et laide…), parviennent à ravir notre adhésion. Accessoirement, les tenues vestimentaires de Greggory, simples mais efficaces, sont fort appréciables. Mais tout cela est trop peu en regard de l’irritation qu’a fini par provoquer le film.