Un Américain bien tranquille
The Quiet American

Film américain de Phillip Noyce
D’après le roman éponyme de Graham Greene, déjà adapté par Mankiewicz en 1958.

Avec Michael Caine, Brendan Fraser, Do Thi Hai Yen...

Sortie le 20-08-2003
Grand Prix du Festival de Valenciennes
 
   

Par Christophe Litwin


Durée: 1h40

 
 
   

Indochine

Nous sommes en automne 1952, quelques mois avant la chute de Dien Bien Phú, quand l’armée coloniale française, aux prises avec les forces communistes vietnamiennes du Nord, est sur le point de se retirer, tandis que l’Amérique, soucieuse de contenir l’expansion du communisme, engage secrètement son action en soutenant un général fantoche – une " troisième force " dans le conflit.

Thomas Fowler (Caine) est un reporter britannique en Indochine. Fasciné par le pays, et éperdument amoureux de Phuong (Do Thi Hai Yen), une jeune villageoise qu’il a arrachée à la prostitution, il recherche toutes les raisons possibles pour ne pas rentrer en Grande Bretagne, où un mariage ennuyeux l’attend. Notre vieux reporter se lie d’amitié avec un jeune médecin américain, Alden Pyle (Fraser), avec lequel il partage bientôt un double amour commun – pour l’Indochine et pour la belle Phuong. La relation triangulaire entre les deux hommes et Phuong se complexifie à mesure que la situation politique du pays se dégrade : les caractères de nos deux protagonistes se révèlent en même temps qu’ils se troublent considérablement. Il faut sauver Phuong et sauver l’Indochine, mais comment ?

L’idéalisme fougueux de Pyle laisse bientôt entrevoir un fond de brutalité et de machiavélisme insoupçonnables, alors que la neutralité journalistique du vieux Fowler à l’égard des événements risque de se confondre avec une stérilité impuissante. Elle n’est bientôt plus tenable, tant les découvertes de son travail d’investigation se mêlent aux circonstances de son amour et de sa jalousie.

La réussite du film et de son intrigue tiennent sans doute à cette manière fort subtile de laisser les personnages dévoiler les ambiguïtés de leurs caractères, leurs stratégies secrètes, leurs erreurs fatales – à travers une progression fermement ancrée dans une histoire, dont ils ne prennent pas encore la mesure. C’est ce qui contribue à donner au ton une justesse croissante au fil de l’évolution dramatique et historique. Le film paraît n’être au premier abord qu’un tissu de clichés caricaturaux et de stéréotypes nationaux (le flegme britannique et la décadence du vieil européen, l’idéalisme naïf, rustre et inculte de l’Américain, l’envoûtement de l’opium et de la féminité asiatique), pour laisser l’intrigue et l’histoire bouleverser cette vision abstraite.

Tenté d’abord de quitter la salle devant l’annonce d’un pot pourri de romance nostalgique désuète et de meurtre passionnel annoncé, le spectateur se laissera rapidement séduire par la conviction du jeu magistral de Michael Caine, et intriguer (à mesure qu’il découvrira combien les personnages sont peu animés par les fades élans d’un mauvais mélodrame) par ce qui peut les pousser si loin dans le trouble.