Lost in La Mancha

Film anglais de Keith Fulton
Louis Pepe

Avec Terry Gilliam, Jean Rochefort, Johnny Depp

Sortie le 16-07-2003
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h29

 
 
   

La malédiction de Don Quichotte

Après G. W. Pabst, Kozintsev et Orson Welles, Terry Gilliam s’est mesuré lui aussi à la surhumaine entreprise d’adapter au cinéma Don Quichotte, l’illustre roman de Cervantès, et s’est vu lui aussi puni de son hybris. Réalisateur malchanceux et mal-aimé des producteurs hollywoodiens, cet artiste aussi extravagant que génial a vu ses ailes fondre à trop vouloir flirter avec le soleil de l’impossible. Son Don Quichotte en a été la victime expiatrice. Et Lost in La Mancha en est le constat aussi précieux que terrible.

Cet " Un-making-of ", comme aiment à l’appeler ses auteurs, concentre en 90 minutes tous les pires cauchemars d’un réalisateur : déceptions et contraintes financières, organisation chaotique et catastrophes climatiques et humaines se sont déchaînées pour faire d’un rêve un désastre. Au total, le Don Quichotte de Gilliam ne verra jamais le jour, comme si lui-même avait été contaminé par la fièvre donquichottesque.

Lost in La Mancha ne se contente cependant pas d’être un simple making-of : il est le produit d’un intelligent montage, mêlant prises de vue, illustrations de story-board et animations burlesques, qui construisent un récit des plus intéressants. Chronique de la naissance et de la mort d’un film, Lost in La Mancha se voit par là même érigé en œuvre de pérennité. Pour ne pas oublier. Et pour comprendre au plus profond l’extrême fragilité d’un film, en même temps que sa génialité.

Voilà comment naît un mythe.