Zéro un

Film international de Jeanne Biras

Avec Isabelle Nanty, Josh Hartnett, Lea Drucker..

Sortie le 18-06-2003
Court métrages produits par Luc Besson
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h25

 
 
   

La réalisatrice Jeanne Biras met en scène ses déboires dans Au suivant, où Isabelle Nanty plaide pour la cause des directrices de casting, décidément bien à plaindre. L’auto-dérision fonctionnant plutôt mal, " au suivant " donc.

La deuxième (et dernière) réalisatrice de ce brillant rassemblement est l’anglaise Leena Creel. Dans Offside, utopie pacifiste qui vous donnerait envie d’envahir la Pologne, des soldats ennemis moisissent dans leurs tranchées respectives, et décident spontanément de célébrer la venue de l’enfant Jésus par une partie de football. Le sport comme alternative à la violence des nations est l’idée peu originale de cette reconstitution pâlotte.

The freak, ou l’éloge de l’étranger, vous évacue en moins de deux cette ambiance mortifère. Virtuellement animée par son créateur Aristomenis Tsirbas, une ignoble bestiole sur fond de couleurs dégoulinantes, ramène la vie dans un monde aseptisé. Seule solution pour survivre à cette boursouflure indigeste : fermer les écoutilles.

Mark Palanski quant à lui n’a rien - excusez le jeu de mot - d’un Polanski. Pire : il pompe à Delicatessen un style retenu qui dégénère en une esthétisation écœurante , et tente de faire passer le gore pour du lyrisme (ce n’est pas gagné). The same emprunte à la psychologie de comptoir les fantasmes d’un nain qui rêve, pour conquérir sa belle, de piquer ses grandes jambes à un apollon (le sublime Josh Hartnett dans une apparition fugitive). Cette exploration de surface, qui eut pu être prometteuse est finalement ratée.

On passe ainsi sans encombre de la grossièreté à la vulgarité. Tristan Arouet et Gilles Lellouche nous ont concocté un " jingle " racoleur, dont le titre Pourkoi…passkeu, lorgne du côté d’une écriture façon " textos ". Anecdotique, le film fait état des tribulations de plusieurs célibataires jusqu’à l’apothéose de leur rencontre, pompon de l’image médiocre - voire carrément vomitive- de la jeunesse à l’écran (on se souvient de l’éloquent " portrait du jeune " réalisé par une banque). Le film n’est de plus qu’une publicité, proche de celles de Bouygues Telecom pour " I-mode ". Seul - maigre - intérêt : voir Léa Drucker faire la guenon.

Continuons joyeusement notre parcours vers la régression infantile avec Arrêt d’urgence, mi-fiction, mi-animation, qui met aux prises Bruno Solo avec un robot géant sorti du Club Dorothée. Jean-Jacques Dumonceau reprend platement le topos " gentil homme vs méchante machine ".

Heureusement, au milieu de ces scénarios ampoulés survient Aujourd’hui madame, de César Vayssé qui évite de verser trop promptement dans le genre. Le parti pris de traiter avec étrangeté un propos banal décontenance, je n’en révélerai donc pas la teneur.

Passons sur Chickendales de Niko Meulemans, pauvre remake de Chicken run, l’humour en moins.

L’apothéose de la légèreté est atteinte avec Silver moumoute :  comme son nom l’indique, mélange absurdo-funky-rétro. Christophe Campos met en scène les déboires d’un pauvre bougre (Zinedine Soualem) miraculeusement sauvé par une prothèse capillaire argentée. L’embryon d’intérêt que l’on pourrait trouver à ces court métrages se trouve dès lors frappé d’inconsistance. La production se rattrape brièvement lors du dernier, le plus court, Carcan de Stephan Levallois. L’astuce repose entièrement sur un montage - brillant, de fait - qui fait éclater le piège d’une hallucination visuelle.

Toute la difficulté de ces présentations groupées consiste en un enchaînement qui ne nuirait ni à l’un, ni à la totalité. Or, on ne saurait dire quelle logique régit l’ordre d’apparition, mais l’horreur de certaines images continue de marquer durablement notre rétine, nous prévenant bien d’attendre mieux du prochain. De plus, la contrainte de durée ne saurait être seule responsable de l’échec du format " court-métrage " : de fait, la nouvelle s’est depuis longtemps dégagé des comparaisons avec le roman. Les auteurs, tous plus ou moins enfants de la publicité, de la " com ", ou des jeux vidéos, cachent bien mal leurs intentions. Trop clips, trop anecdotiques, trop illustratifs, trop films de genre : l’éclectisme sous-jacent ne peut être qu’absent de cette sélection strictement bessonienne.

Opération marketing oblige, le film sort spécialement pour la fête du cinéma. Les néophytes qui auraient esquissé une idée tout à fait caricaturale du court-métrage vont en trouver ici une grandiose illustration, aussi grotesque que déprimante.