24 Hour Party People

Film anglais de Michael Winterbottom

Avec Steve Coogan, Shirley Henderson, Paddy Considine

 
   

Par Christophe Litwin


Durée: 1h55

 
 
   

Avis aux amateurs de punk, de New Wave, de Brit Pop : n’hésitez pas à aller voir 24 Hour Party People ! Ne serait-ce que pour la bande son

Tout commence à Manchester, en 1974, lors du premier concert des mythiques Sex Pistols. Une quarantaine de personnes dans la salle, dont Tony Wilson, animateur télé extravagant et futur producteur du label Factory Records, et de nombreux membres de ces groupes phares des 80’s que furent Joy Division, New Order, les Happy Mondays, etc. Concert historique donc : naissance commune du Punk dans sa forme la plus radicale, et de la New Wave dans toute sa pureté. Le film trace ensuite, prenant Tony pour guide, l’histoire de cette musique qui vit le jour soudainement avec ce concert, et changea le visage du rock…

Il n’était pas évident de décrire une telle aventure sans tomber dans une représentation historique grandiloquente et ennuyeuse, et de ce point de vue, il faut souligner la réussite du projet de M. Winterbottom. La caméra déboussolée, la surcharge des effets chromatiques (voir notamment le générique…), et la bande son exceptionnelle contribuent à donner agrément et efficacité à cette chronique décalée. Il faut aussi insister sur la performance des acteurs, en particulier celle de Steve Coogan qui incarne Tony Wilson – narrateur et protagoniste de cette saga… De manière générale, le kitsch de la mise en scène, l’alternance entre réalisme historique, exagérations manifestes et tartuferies surréalistes donnent au film un rythme et une exubérance qui contribuent à sa grande réussite, alors qu’il serait si facile à certains moments, (le suicide tragique de Ian Curtis ,le chanteur de Joy Division) de sombrer dans le mauvais mélodrame.

Un bémol cependant pour les vrais fans des groupes évoqués… Qu’il s’agisse d’un divertissement réussi est précisément ce qui pourra décevoir, donner l’impression de trahir l’esprit de la musique. Pas de force déstabilisatrice, ou de véritable violence dans ce film. Dans le cas de Joy Division par exemple, la capacité à produire une émotion froide et intense, toute empreinte d’une gravité sans couleur, d’une morosité affirmée comme d’un désespoir désarmant, à l’image de morceaux de la B.O. (comme Love will tear us apart ou Transmission) ne transparaît pas bien.

C’était là une des difficultés auxquelles on pouvait s’attendre : ce qui fait l’efficacité du divertissement est exactement le contraire de ce qu’exprime la musique du film. S’il évite l’écueil de la grandiloquence, il se laisse parfois aller à complètement abandonner ce qui rendait inquiétant et puissant le son de Manchester. Le divertissement déréalise en partie la substance (c’est là le titre d’un album de Joy Division) de cette musique. Un tel choix ne laissera pas de surprendre de la part de Winterbottom qui avait auparavant réalisé des films comme Jude, dont l’atonie sans concession laissait présager une affinité plus manifeste avec la gravité de la musique de Joy Division.

Le film vaut cependant bien d’être vu. Nous regrettons seulement qu’il ne se soit davantage affranchi d’un cliché dans l’air du temps : présenter le rock sous un angle déjanté et fantasque, sans vouloir affronter ce que sa simplicité brute et sans couleurs (sans illusions, délires alcooliques ou hallucinogènes) peut avoir de désarmant, de véritablement désaxant.