Un homme, un vrai

Film français de Arnaud et Jean-Marie Larrieu

Avec Hélène Fillières, Mathieu Amalric

Sortie le 28-05-2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h

 
 
   

Deux frères, deux vrais

Je ne connais pas de soeurs cinéastes, mais pour les frères, il n’y a que l’embarras du choix : Coen, Taviani, Dardenne, Larrieu, la liste s’enrichit peu à peu. Le mystère des décisions créatrices s’épaissit lorsqu’on tente d’imaginer comment fonctionnent ces " couples " et comment se prennent les innombrables décisions qui jalonnent le parcours qui va de l’écriture du scénario aux ultimes étapes du mixage :

Échangent-ils leur casquette à pile ou face ? Un jour sur deux ? Un plan sur deux ? Y a-t-il un dominant et un dominé ? En tous cas, le résultat est plutôt cohérent, le style des films reconnaissable selon les auteurs, et le spectateur n’a guère conscience qu’une direction bicéphale est à l’origine du spectacle.

Un homme, un vrai est le premier long-métrage des frères Larrieu, après une série de films courts ou moyens, dont La Brèche de Roland (1999) avait surtout révélé le talent original et personnel (si j’ose dire). Ils y décrivaient une famille qui crapahutait dans les Pyrénées en direction d’une faille dans la chaîne montagneuse, la fameuse brèche, dans un climat où humour et drame alternaient en permanence, Mathieu Amalric faisant déjà partie de l’expédition.

Ils nous proposent aujourd’hui, avec le même goût pour le sucré/salé, une sorte de roman-photo plein de charme où l’histoire d’un couple est traitée en trois actes classiques : le coup de foudre, la rupture et la réconciliation. Ce qui est moins classique, c’est le développement insolite des scènes, l’invention sans cesse renouvelée des situations et la cocasserie des personnages, en tête desquels brillent Hélène Fillières et Mathieu Amalric. Celui-ci, surtout, démontre l’étendue de ses capacités en passant du rôle de l’intello timoré du début à celui de papa-poule excédé, pour finir en hardi guide de montagne, sans se départir de son œil d’oiseau perpétuellement étonné. Une seule petite réserve dans ces multiples louanges : je ne suis pas très convaincu par les quelques interventions chantées du film. L’idée d’exprimer le bonheur par le chant n’est pas critiquable en soi, mais l’exécution un peu faiblarde, en son direct a cappella, nous éloigne peut-être de l’effet recherché. Mais ce n’est là qu’un détail qui n’entame guère les qualités de ce très joli film.