28 jours plus tard
28 Days later

Film anglais de Danny Boyle
Scénario d’Alex Garland

Avec Cillian Murphy, Naomie Harris, Brendan Gleeson

Sortie le 28-05-2003
Sélection officielle au Festival de Gerardmer 2003
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h52

 
 
   

Danny Boyle : Le Retour

Après deux derniers films plus décevants, dont le très – trop – hollywoodien La Plage, Danny Boyle fait ici son grand retour dans le cinéma d’auteur british, renouant avec l’inspiration déjantée de ses débuts pour nous offrir un film sombre mais très surprenant.

Non satisfait de son passage par la comédie gore (le délicieux Petits meurtres entre amis) et la comédie de mœurs (le toxico-scatophile Trainspotting), voilà que Boyle s’attaque, avec 28 jours plus tard, à l’épouvante, plus précisément au film " zombie " (vous souvenez-vous de La Nuit des morts vivants de George A. Romero ?...), à sa façon bien sûr. Sur fond d’apocalypse à l’anglaise, Boyle prend prétexte d’une fulgurante contamination par un virus mutant de la rage pour revisiter le genre en le détournant : faisant du mal physique un mal avant tout psychologique, le réalisateur anglais nous offre un film d’anticipation allégorique qui mêle le thriller fantastique au road-movie d’horreur.

Dans sa réflexion métaphorique sur la condition humaine, Boyle réussit à éviter (presque) les débordements gore tout en nous révélant une solide maîtrise du suspens, nous ménageant même de belles scènes de lyrisme qui, à l’instar de la sublime séquence initiale (la marche hallucinée du héros dans un grandiose Londres dévasté), montrent la réelle virtuosité dramaturgique du cinéaste. Rentrant alors petit à petit dans un film que l’on craignait par trop " zombie ", on découvre une atmosphère unique où transparaît un peu partout la patte boylienne. Croisez au détour d’un chemin un champ de fleurs redessiné sur la pellicule, et vous commencerez à apprécier Danny Boyle… et son humour, malgré le propos sombre du film.

Avec 28 Jours plus tard, on commence en fait à décrypter chez Boyle l’existence d’un univers imaginaire homogène et personnel, marqué par une griffe de plus en plus reconnaissable. Outre le travail toujours pointilleux sur la bande son originale, on retrouve cette récurrence quasi obsessionnelle chez le réalisateur du thème de la vie en société ratée, qui trouve sa variation dans les thèmes de la prédation et de l’ostracisme : reprenant la critique sartrienne des relations sociales (" L’enfer, c’est les autres " : c’est bien connu…), Boyle incarne ici son pessimisme et, il faut tout de même le dire, sa paranoïa, dans une mise en situation extrême qui joue comme un révélateur, exacerbant l’instinct de survie animal et violent qui réside en tout homme.

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas l’ironique trash boylien, on doit lui reconnaître cette cohérence souvent sombre mais bariolée d’un univers imaginaire qui fait les grands cinéastes, et contribue à l’édification d’une Œuvre à part entière. 28 Jours plus tard en est peut-être une pierre.