Un nouveau russe

Film russe de Pavel Lounguine

Avec Vladimir Machkov, Maria Mironova, Adreï Krasko

Sortie le 23-04-2003
 
   

Par Marina Klimoff


Durée: 2h03

 
 
   

Retour d'un cinéma russe démonstratif

En 1988, Platon Makowski et quatre des ses amis, jeunes et brillants universitaires, abandonnent la science au profit des chemins douteux du business post-soviétique… Une grande enquête commence quand un attentat est perpétré contre Platon…

Pavel Lounguine aime sa Russie. Son Nouveau russe est le prolongement de l’exploration de son pays. Plus de dix ans après Taxi blues, (prix de la mise en scène à Cannes en 1990), qui dépeignait le quotidien d'un taximan à Moscou, et à l'opposé de son précédent film La noce, qui explorait les micro changements de la société dans une petite ville du cœur de la Russie, ce Nouveau russe évoque une nouvelle figure : désormais riche, beau, célèbre, son héros travaille pour les services secrets… Ce film raconte l'histoire de ceux qu'on appelle les oligarques, véritables personnages qui spolient l'État et le peuple de leurs biens et qui simultanément incarnent les forces vives d'un pays paralysé par la peur des changements et l'inertie. Elle est d'ailleurs inspirée de la vie de l'oligarque Boris Berezovski. "C'est la tragédie de cet être surdoué qui incarne tout ce qu'il y a de plus créatif dans la nouvelle Russie et simultanément le pire pour ce pays qu'il privatise à son profit" dit Lounguine.

Pendant plus de deux heures, nous allons regarder et essayer de comprendre la vie d'un de ces personnages : Platon Makowski. Quelqu'un va tenter de l’assassiner, ce qui met en colère le pays et ses dirigeants : ce sont ces genres d'êtres dont le pays a besoin pour " s'en sortir ", et ça, une bonne partie du peuple l'a compris. Ce film est construit en trois temps, donc suivant trois idéologies : l'enquête menée dans le présent, les débuts sous Gorbatchev et la richesse et le pouvoir à l'époque de Eltsine.

C'est une œuvre complète que nous présente ici Pavel Lounguine : une mise en scène très fluide mais en même temps bien cadrée laisse une large place aux acteurs, un bon scénario, quelquefois lourd à cause des flash back incessants entre les différentes époques, des acteurs parfaits, un contenu aussi riche qu'intéressant… mais, malheureusement, peut être trop caricatural. On tombe souvent dans le cliché, ce qui est montré n'est pas toujours vrai (parole de russe) et souvent "too much"(les fêtes, la naïveté des gens de la campagne, etc.). On se rend compte que Lounguine s'inspire largement du cinéma d'action américain… Dommage, mais on passe sans problème par-dessus tout cela, car le destin du personnage est ce qui nous intéresse le plus. Et après tout, peut-être que le réalisateur a fait exprès d'exagérer, pour nous montrer le décalage de ces vies.

Lounguine revient ici à un cinéma plus moderne, moins intime, plus américain mais toujours en traitant le thème de la reconstruction d'un pays qui manque de confiance. Ce qui est sûr, c'est que ce sont ces russes-là qui ont fait naître les nouveaux russes d'aujourd'hui…