Son frère

Film français de Patrice Chéreau
Diffusé en mai 2003 sur Arte

Avec Bruno Todeschini, Eric Caravaca

Compétition officielle Festival de film de Berlin 2003
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h35

 
 
   

Un film né du désœuvrement : heureusement il y avait le livre de Philippe Besson, Son frère. En six mois le tournage est terminé : dense, court, pénible.

Choisir un donné : un fils aîné, bien-aimé, invulnérable. Renverser les tendances par un facteur déclenchant  : la maladie. Alors c’est Luc, le cadet, celui qui aime en silence, qui doit soutenir son frère affaibli.

Tout proche, tout contre, la steady cam est tremblante, saccadée, faussement maladroite. Filmer le réel, l’aspirer, le recracher, l’insuffler. Les lieux comme témoins muets de l’inversion de la relation : la claustration de l’appartement, les murs nus de la chambre d’hôpital, enfin, le grand air, la côte bretonne.

Thomas est comme atteint de fragilisme : risquant l’hémorragie à tout moment, vivant dans la crainte perpétuelle des chocs, de la violence, de la vie enfin. Étiolement progressif: le grain de la peau, le corps décharné, supplicié, dépossédé. Le visage a pris un masque mortuaire, livide, creusé, comme aspiré de l’intérieur.

D’abord une lutte laborieuse, narcissique, puis l’attente apaisée. Impossible empathie de la souffrance : plus encore que la sexualité, la mort est personnelle, car non partagée. Pour Luc, survivre à Thomas c’est s’en affranchir.

Première scène, un vieil homme : "aujourd’hui, il n’y a plus de vrais naufrages ". Scènes finales : Thomas prend son dernier bain de mer.

Il n’est de naufrage plus vrai que celui qui est volontaire.