Les corps impatients

Film français de Xavier Giannoli

Avec Laura Smet, Nicolas Duvauchelle, Marie Denarnaud

Sortie le 23-04-2003
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h34

 
 
   

A nos amours la gueule ouverte sous l’eau froide… ?

Ce pauvre bougre de Pialat vient à peine de disparaître qu'on veut déjà le remplacer ! Et les espoirs de se tourner vers Xavier Giannoli, dernière coqueluche des critiques, qui tous le comparent au grand cinéaste. Allez savoir pourquoi. Peut-être parce qu’il passe son temps à répéter combien il aurait aimé le produire et à sous-entendre qu'il se réclame de lui. Las ! N'est pas Pialat qui veut – d'ailleurs personne n'est Pialat. Lequel doit déjà se retourner dans sa tombe…

L’image se veut probablement épurée de tout artifice ; elle est surtout inutilement crade – pourquoi alors le son est-il parfaitement mixé ? Le jeu d'acteurs cherche à être le plus "comme-dans-la-vie" possible ; c’est-à-dire monotone, triste, étouffant... – ça n’est que ça, la vie ? En bref, il faut que ça fasse "vrai". Pourquoi ? Pour faire passer la pilule de la complaisance et des clichés du scénario ? Giannoli fait des fins de ce qui devrait être un moyen, un moyen d’exprimer quelque chose, de chercher ou de trouver autre chose que du réel. Agaçante imposture que cette vaine recherche de spontanéité qui permet surtout de s’exempter d’un réel travail de mise en scène !

Sous couvert de cette quête du réel et de film triste sur la vie, comme dans "vie" il y a "sexe", Giannoli semble par ailleurs cacher insidieusement d’autres fins, ne se privant pas pour ce qui est de filmer de la bonne chair, jeune et avide. Certes, avec le titre (assez beau, au demeurant), on pouvait s’y attendre. Il n’empêche. Tout ici paraît gratuit, malhonnête. Inutile de préciser que, comme dans tout film français qui se respecte, la chair est triste.

Tout ça est donc plutôt déprimant, mais surtout très loin de Pialat. Pialat, c’étaient de fulgurants blocs de vie qui n’avaient pas peur laisser le réel résister, créaient plutôt une collusion entre réel et moyens de production pour ne duper personne, et où chaque coupe au montage avait un effet quasi physique sur le spectateur, qui s’en retrouvait véritablement secoué, purgé, presque purifié. Ici, la réalisation semble avoir renoncé aux plans longs pour aller chercher quelque chose du côté du cinéma vif d’Assayas – autre référence de Giannoli, qui a produit Demonlover. Mais rien de troublant, rien de véritablement organique, ni même de graphique, ne se crée. Rien d’Assayas, donc, et encore moins de Pialat. Cela pourrait dès lors avoir le mérite de n’être que du Giannoli – pourquoi en effet s’attacher aux références et à la comparaison. Mais alors le film semble ne plus exister par lui-même, ce qui est fâcheux…