X-Men 2

Film américain de Bryan Singer

Avec Patrick Stewart, Hugh Jackmann, Halle Berry, Rebecca Romijn-Stamos, Ian Mc Kellen…

Sortie le 30-04-2003
 
   

Par Christophe Litwin


Durée: 1h50

 
 
   

L’agence tout risque…

De Usual Suspects à X-men 2, en passant par Un élève très doué et X-men, Bryan Singer a manifestement l’obsession du surhomme. Le pouvoir et la volonté du surhomme sont ambigus : soit ils prolongent et protègent l’humanité, soient ils la menacent et la nient. L’humanité n’a pas la force de les limiter. Les surhommes ne peuvent trouver la source de cette limitation qu’en eux-mêmes – tous ne s’en montrent pas capables, à vivre secrètement dans la promiscuité avec des êtres jugés inférieurs.

Dans Un élève très doué, on observait ainsi la fascination secrète et malsaine d’un adolescent pour un ancien nazi, et la manière dont l’éducation par ce criminel le transforme, produit chez lui une mutation (perte d’identité, mais accroissement invraisemblable de son sentiment de puissance exprimé face à l’autre figure de son éducation qu’était son conseiller d’orientation juif réduit à une complète impuissance à la fin du film).

La véritable source de ce pouvoir tient à la capacité de rester suffisamment longtemps invisible, avant de se manifester de façon éclatante. On trouve chez Singer de manière constante ce jeu quelque peu confus entre le pouvoir, l’évolution biologique, et la thématique du complot. Le jeu entre ces notions est d’ailleurs souvent à la limite de l’ambiguïté. Ainsi, dans X-men, le grand maître du " complot secret " qui menace l’humanité est-il Magneto, juif-survivant-mutant de la Shoah, avec l’idée sous-jacente que la discrimination de l’être supérieur amène sa dissimulation et un projet de destruction généralisée des faibles qui l’accablent, que le " génocidé " devient secrètement le " génocidant "…

Dans X-men 2, il semble que ce magma idéologique s’élabore : un évolutionnisme fasciné par la puissance démesurée et le combat des espèces (le mot " race " étant bien entendu trop connoté aujourd’hui), des échos plus nombreux aux expérimentations concentrationnaires sur des sujets humains (on ne sait plus si la monstruosité des mutants relève de l’évolution ou de la technique expérimentale), et une éthique niaise, spielbergienne, du respect des différences, de la tolérance.

Nous sommes ainsi au commencement d’une révolution dans l’évolution génétique : ceux qui s’aperçoivent de l’évolution en question comprennent qu’elle risque d’engager une guerre entre l’homme et ce qui le dépasse. Mais ce qui dépasse l’homme (les mutants doués de superpouvoirs) ne doit pas mépriser l’humain, quand bien même l’homme lui voudrait du mal – le surhomme risque à nouveau de devenir l’inhumain.

Comment tenir cet équilibre ? C’est la tâche du Professeur Xavier (Patrick Stewart) : vaincre d’un côté la menace engagée par les craintes des faibles (les hommes en général, mais dans le cas particulier de ce film, le Général Stryker, dont le projet est de faire un génocide des mutants) ; de l’autre, empêcher les mutants de s’attaquer directement aux humains, de laisser libre cours à l’expression de leur toute puissance (avec Magneto, dont le projet n’est ici rien moins que le génocide de l’humanité).

Or, c’est le professeur Xavier lui-même (grâce à la force – ne me demandez pas pourquoi – de sa psyche télépathique) qui a le pouvoir d’effectuer ce génocide. Kidnappé et drogué, c’est donc l’esprit de la tolérance, la bonne âme des mutants, le médiateur entre l’humain et le surhumain, qui est transformé en arme de destruction massive – aux mains alternativement des mauvais humains et des mauvais mutants. La tâche des X-men est de le libérer des mains de ceux qui voudraient abuser de son pouvoir, de garantir un bon usage du pouvoir technique démesuré qui accompagne la révolution évolutionniste.

Pour cela sont réunis les principaux protagonistes du précédent épisode (Wolverine, Magneto, Cyclope, Tornade, Mystique), et quelques nouveaux (des élèves de l’École du Professeur Xavier entre autres). L’accent porte ici davantage sur la psychologie et les relations entre les mutants, que sur la présentation de leurs pouvoirs. On peut saluer l’ambition de Singer de vouloir décrire plus précisément le monde des mutants que leurs exploits. Mais on est très déçu, tant la quête d’identité des personnages est caricaturale. La psychologie et les sentiments du surhumain s’apparentent aux représentations les plus naïves et simplistes de l’esprit teen-ager.

Au final, comme on pouvait s’y attendre : produit bien ficelé, scénario standard, suspense peu haletant, effets spéciaux spectaculaires, performances dramatiques oubliables, clichés de toute part… Ajoutons le désormais inévitable attentat contre la Maison Blanche, une avant-garde américaine solide qui sauve le monde, et une ou deux citations de Lincoln…