Stupeur et Tremblements

Film français de Alain Corneau

Avec Sylvie Testud, Kaori Tsuji, Taro Suwa

Sortie le 12-03-2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h47

 
 
   

Métro, boulot, maso

J’avoue ne pas être très sensible à l’abondante production littéraire d’Amélie Nothomb dont je n’ai jamais réussi à finir un livre. J’étais donc curieux de voir ce qu’Alain Corneau, dont l’itinéraire professionnel est intéressant parce qu’imprévisible, avait tiré de Stupeur et Tremblement.

J’ai été agréablement surpris et surtout séduit par la performance de Sylvie Testud sur qui le film repose. Cette jeune actrice affirme dans des films variés (elle aussi est imprévisible) un talent évident. Elle arrive à faire passer le masochisme de cette secrétaire débutante qui affronte les mises à l’épreuve de plus en plus odieuses de ses divers supérieurs et qui en redemande. On peut évidemment se demander quel accueil fera le public japonais à cette équipe de tortionnaires nippons qui gère la société où tente de travailler cette malheureuse stagiaire occidentale (et qui ferait passer la construction du pont de la rivière Kwai pour un séjour au Club Med.). Se reconnaîtra-t-il dans cette cohorte de pervers profonds? Finalement, cette caricature est d’autant plus étrange qu’Amélie prétend admirer ce pays où elle est née et dont elle parle la langue. (Là aussi, Sylvie Testud mérite une mention pour sa performance en japonais.)

Dans cette période où les producteurs n’envisagent plus de faire un film s’il n’est pas anglophone, on peut admirer Alain Corneau d’avoir le courage d’imposer un sujet qui implique un sous-titrage intégral. Il a évité, de plus, l’écueil du théâtre filmé en adaptant ce livre qui se passe dans un décor unique et repose sur un dialogue incessant. On peut regretter que la réalisation, alerte et fluide, s’appuie peut-être trop sur la " voix intérieure " qui a tendance à nous lire de larges extraits du livre (mais avouons qu’entendre du français repose un peu le spectateur.) Quant au Clavecin bien Tempéré qui soutient les images, il prouve que J.- S. Bach avait tout compris de la musique de film.