Toutes les hôtesses de l'air vont au paradis
Todas las azafatas van al cielo

Film argentin de Daniel Burman

Avec Ingrid Rubio, Alfredo Casero, Emilio Disi, Daniel Hendler

Sortie le 02-04-2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h29

 
 
   

Dans la production sud-américaine, nous connaissions le cinéma mexicain ou brésilien, relativement présent sur nos écrans, mais les films argentins sont assez rares pour constituer une curiosité, et c’est avec plaisir que nous découvrons ce troisième film réalisé par Daniel Burman, dont le scénario et les personnages insolites alimentent notre intérêt presque jusqu’à la conclusion de cet étrange conte glacial.

Ne vous attendez pas à l’exubérance folklorique et tropicale qui baigne nos idées reçues sur l’Amérique du Sud, mais endossez vos doudounes pour affronter le climat polaire qui paralyse Ushuaia, où se déroule l’action, trou du cul du Monde à l’extrême sud du continent. Bref, on se croirait davantage dans un film de Kaurismaki que dans la Pampa, ce qui est déjà une surprise: rues désertes et glacées, boîte de nuit minable clignotant dans la nuit, couloirs d’hôtel sinistres, parkings vides…

Il y en a d’autres. D’abord, le scénario bâti sur l’étrange rencontre de cette hôtesse de l’air enceinte et de cet ophtalmo, veuf inconsolable, tous deux candidats au suicide par le froid (se mettre dans la neige pieds nus et attendre la mort.) et qui vont chercher des raisons de survivre.

Ensuite, l’étonnante cohorte de personnages qui les entoure: une adolescente trop mûre, un chauffeur de taxi psy, une entraîneuse de bar-guide touristique, des pilotes macho-alcoolos, un employé d’aéroport qui se fabrique un avion avec les pièces détachées piquées sur les appareils en escale…

Enfin, la grande qualité d’une réalisation inventive, appuyée sur le goût de l’image, de la rupture inattendue, de l’ellipse, tricotant un récit-puzzle qui s’appuie sur ces personnages imprévisibles.

Un seul reproche, comme souvent: l’histoire n’en finit pas de finir. Le couple, séparé par un destin contraire, cherche interminablement à se retrouver, alors qu’il semblerait si simple de consulter les pages jaunes à la rubrique " Ophtalmo " ou de téléphoner à la compagnie aérienne pour obtenir les adresses qui raccourciraient le film d’une demi-heure (ce qui en ferait un moyen-métrage, évidemment.) Mais les qualités du début l’emportant sur ce défaut, il faut aller découvrir ce film au charme délicat qui fait pardonner la déception éprouvée par une conclusion conventionnelle trop attendue.