Toutes les hôtesses de l'air vont au paradis
Todas las azafatas van al cielo

Film argentin de Daniel Burman
Présenté au festival de Berlin 2002

Avec Alfredo Casero, Ingrid Rubio, Emilio Disi

Sortie le 02-04-2003
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h29

 
 
   

Quand un ange retrouve son sexe

Le cinéma argentin est un cinéma mal connu: on est un peu plus familier du cinéma brésilien, plus encore du cinéma espagnol. C’est donc totalement vierge de préjugés qu’on aborde un film comme Toutes les hôtesses de l’air vont au Paradis (sauf peut-être si l’on a vu le précédent long métrage de Daniel Burman, En attendant le Messie), aussi vierge que ses terres aux confins du monde, et que les idéaux de ses personnages.

C’est la petite ville d’Ushuaia qui sert de cadre à cette comédie romantique. Dans ce no man’s land entre ciel et terre, se croisent les destins de Teresa, une jeune hôtesse de l’air paumée, et de Julian, un ophtalmologiste qui vient à Ushuaia pour rendre à la terre les cendres de sa femme.

Teresa préfère son paradis céleste aux préoccupations terrestres (ce monde d’hommes, d’amour et d’enfants…), mais sa vie d’aéroports et de vols continus se voit chamboulée du jour où elle tombe enceinte. Julian, de retour au lieu de ses premières amours, son paradis terrestre, n’a plus vraiment goût à la vie. La rencontre des jeunes gens, tous deux déchus de leur paradis, se fait donc sous le signe du désespoir.

Fasciné par les hôtesses de l’air (sa défunte femme en était une elle aussi), sortes de femmes-anges froides et fatales que leurs gestes machinaux déshumanisent, mais dont il ne peut admettre la désincarnation, Julian décide, face à Teresa, de faire redescendre cet ange sur terre, et de lui faire retrouver son sexe.

Toutes les hôtesses de l’air vont au paradis est un film déconcertant, mi-sentimental, mi-allégorique, qui mêle humour et onirisme. On découvre un monde à la fois terrestre et aérien, avec ses paysages aussi grandioses qu’irréels, peuplé de personnages improbables, où tout le monde rêve, et dont on ne sait trop de quel côté il se situe, entre la terre et le ciel, entre la vie et la mort, entre la réalité et le rêve.

On ne savait pas à quoi s’attendre en venant voir ce film: on en sort à la fois séduit et perplexe, regrettant toutefois les longueurs de la dernière partie, qui plombent un peu les ailes de l’ange. C’est sûr, il est redescendu sur terre – un peu trop, peut-être?