The Hours

Film anglais de Stephen Daldry
Adaptation du livre de Michael Cunningham (Prix Pullitzer)

Avec Nicole Kidman, Meryl Streep, Julianne Moore

Sortie le 19-03-2003
Prix d’interprétation féminine à Berlin 2003
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h50

 
 
   

The poet will die

The hours est un roman (Prix Pullitzer) de Michael Cunningham: celui-ci s’est intéressé à l’écrivain Virginia Woolf au moment de la rédaction de Mrs Dolloway et a imaginé l’écho du roman chez deux femmes, Laura Brown et Clarissa Vaughan, respectivement en 1952 et en 2001.

Suite au succès du sautillant Billy Elliot, on pouvait avoir des doutes quant au traitement prodigué par Stephen Daldry à une mise en image de l’intime, d’une transformation interne, qui plus est, chez des personnages féminins.

Un lien un peu artificiel relie les trois femmes à travers le temps: alors que Virginia Woolf (Nicole Kidman, méconnaissable) lutte contre sa fragilité mentale pour rédiger son livre, Laura Brown (Julianne Moore), mère introvertie, tente de survivre grâce à la lecture de Mrs Dolloway, et Clarissa (Meryl Streep) revit sans s’en rendre compte le destin de l’héroïne de fiction, organisant une fête pour son ami et poète Richard (Ed Harris), malade du SIDA, et se rendant compte alors qu’elle ne va pas si bien qu’elle le croyait.

Virginia Woolf, celle qui prédisait " dans cinquante ans je serai sous l’eau ", va se noyer, volontairement: c’est ce qui est dit dès le début du film. La suite n’est qu’un cheminement, une tension vers cette seule porte de sortie, qui s’imposera d’elle-même. The Hours relate des changements imperceptibles dont il serait vain de faire le récit. Car le caractère et l’essence du film, paradoxalement, sont littéraires et " écrits ", transmis par le livre. C’est avec une immense délicatesse que les trois actrices jouent, en quelque sorte, l’incandescence de cette pensée. Le piano mélancolique de Philipp Glass porte le film et confère aux images un stream of consciousness musical.

The Hours puise sa force dans une réflexion métaphysique sur l’insoutenable pesanteur de la vie, dont le silence semble perpétuellement couvert par le bruit du divertissement. Il interroge notre rapport à l’altérité: qu’est-ce, sinon se profaner, et profaner les autres? Dès lors, les trois caractères se pensent, non comme êtres au monde, mais contre le monde. Et l’âme tout entière trouve ainsi son prolongement dans une transcendance, une permanence dans le temps: " quelqu’un en qui vivent tous les poètes du passé et qui porte en lui tous les poètes à venir ". Si le film manque parfois de grâce ou contredit par moments la justesse du fond, il est infiniment plus émouvant que l’épanchement narcissique auquel on s’attendait: comme Adaptation, autre film " littéraire ", il réfléchit l’empreinte, le sceau dont les livres non seulement marquent la vie du lecteur, mais donnent une couleur à ses jours… à ses heures.

Dans un portrait déchirant de Ed Harris en poète mourant, celui-ci évoque une image qui résume le film: celle d’un feu noir, sombre et brillant à la fois.