Monsieur Schmidt
About Schmidt

Film américain de Alexander Payne

Avec Jack Nicholson, Kathy Bates, Hope Davis

Sortie le 05-03-2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h05

 
 
   

Rien ne va plus…

Alexander Payne, jeune réalisateur dont c’est le troisième film, nous propose un film très intéressant à plus d’un titre.

Face à l’armée des cinéastes californiens qui a développé un cinéma aux standards universels, véritable " pensée unique " du spectacle qui colonise le monde entier, et face à la petite cohorte new-yorkaise (Morissey, Warhol, Scorsese, Allen) dont les goûts sont plus artistiques mais souvent plus snobs, il tente un cinéma de l’Amérique profonde, ancré dans la province continentale, à des milliers de kilomètres des océans, avec des personnages qui ne sont ni des flics, ni des dealers, ni des barbies, ni des intellectuels de vernissages: bref, des gens qu’on pourrait nommer Américains " d’en bas ". Toutes proportions gardées, cette approche originale pourrait être qualifiée de néo-réaliste, sans aller jusqu’à comparer Monsieur Schmidt à une sorte de Omaha, ville ouverte.

Autre point à souligner: Alexander Payne est à l’origine de ses scénarios. Il entre donc dans la catégorie des auteurs totalement responsables de leurs films, même s’il s’inspire d’un roman comme point de départ. Il tente et réussit la subtile alchimie qui consiste à faire rire à partir de situations dramatiques et même désespérées. Dans Monsieur Schmidt, il flirte en virtuose avec le mauvais goût, sans jamais y tomber, en nous contant la vie qui attend un employé modèle après son départ à la retraite. Cet homme, qui perd progressivement tous les repères de son existence passée, sent poindre en permanence les éclats d’une révolte libératrice, mais, laminé par l’habitude de la soumission, il n’arrive jamais à les exprimer (le scénario primitif du film s’appelait Le lâche). Le seul exutoire de cette rage étouffée tient dans les lettres qu’il envoie à un petit Tanzanien analphabète dont il est le parrain caritatif et qui nous permettent " de faire le point " sur ce qu’éprouve réellement ce retraité faussement impassible.

Les comédiens, caractérisés par des physiques d’une banalité caricaturale, sont tous dignes d’éloges dans le ballet qu’ils organisent autour d’un Jack Nicholson admirable. Olivier Gourmet a bien de la chance d’avoir décroché (de dos) un Prix d’Interprétation devant un tel challenger.