Monsieur Schmidt
About Schmidt

Film américain de Alexander Payne

Avec Jack Nicholson, Kathie Bates

Sortie le 05-03-2003
Nomination aux oscars (meilleur acteur: Jack Nicholson)
 
   

Par Christophe Litwin


Durée: 1h45

 
 
   

Dear Ndugu…

Monsieur Schmidt est une comédie grinçante et humaine sur la nouvelle vie fort déréglée d’un patron fraîchement retraité, incarné par Jack Nicholson. Le film n’est pas une satire facile sur la méchanceté et l’ennui qui accompagneraient la vieillesse, mais tente plutôt d’en présenter une vision à la fois touchante et ironique, juste et cynique, à travers la dérive, les états d’âme, les maladresses, les contradictions flagrantes de Warren Schmidt.

Le spectateur voit à la fois l’existence réelle de ce personnage et sa manière de la fantasmer dans les lettres qu’il écrit régulièrement à Ndugu, jeune africain de six ans qu’il parraine par l’intermédiaire d’une organisation caritative.

Chacune des étapes du film est ponctuée ironiquement par la lecture d’une de ces lettres où Schmidt invente, fantasme sa vie, la présente sous un jour paternaliste et moralisateur, s’attarde sur l’ensemble de ses petits soucis quotidiens, sans jamais se demander s’ils peuvent intéresser un petit affamé et encore analphabète!

Frais retraité, nouveau veuf, vénérant soudainement sa femme qu’il méprisait, Schmidt multiplie dans ses lettres les leçons pleines de poncifs sur l’existence, veut se donner la figure d’un sage, et révèle de manière touchante sous cette figure son inaptitude, malgré l’âge, à maîtriser cette existence, à la regarder de manière sereine. A peine s’épanche-t-il sur l’amour de sa défunte, qu’il s’apprend cocu. Il se croyait condamné à dépérir lentement chez lui, et voilà notre millionnaire accablé rageusement on the road – à l’aventure et à la dérive…

Sans dévoiler davantage l’histoire, on s’apercevra que le comique de ce film semi-épistolaire s’appuie systématiquement sur ce jeu de revirements, le caractère toujours faussement définitif des jugements que Schmidt croit pouvoir porter sur la vie et sur sa vie.

Cependant, le cynisme, l’ironie constante de cette comédie, ses situations grotesques et farcesques ne suffisent pas à caractériser le plaisir singulier qu’elle procure. Ces différents aspects s’intègrent dans une présentation plus générale de la vieillesse sous un jour vivant et humain. Successivement perdu et lucide, aveugle et clairvoyant, impeccable et maladroit, Schmidt est réel. Sa solitude fait autant sourire qu’elle touche. Il se trompe, ment sur sa vie et nous en rions; mais ces illusions, ces mensonges révèlent avec générosité combien sa vieillesse est jeune, combien la vie ne cesse pas encore de le prendre de cours, quand il la croit passée. Inventions, artifices, contradictions, surprises et émotions sont autant de signes d’une vitalité réelle. Ils n’accablent pas le personnage, mais au contraire lui rendent justice. Sa vieillesse n’est ni idéalisée, ni humiliée. C’est ce qui donne à l’interprétation de Nicholson sa force et sa justesse: un équilibrisme de funambule entre Tsilla Chelton dans Tatie Danielle et Mastroianni dans Ils vont tous bien.

Ce brio porte un film dont le scénario et le montage accusent malheureusement quelques faiblesses et pesanteurs.