Ma vraie vie à Rouen

Film français de Olivier Ducastel
et Jacques Martineau

Avec Jimmy Tavarès, Ariane Ascaride, Hélène Surgère

Sortie le 26-02-2003
 
   

Par Claude Gallot


Durée: 1h42

 
 
   

Une vide d’ado

Olivier Ducastel et Jacques Martineau poursuivent, avec Ma vraie vie à Rouen, une réflexion à la fois sur le cinéma et sur la vie.

En effet, la petite caméra numérique offerte à Etienne (Jimmy Tavarès) par sa grand-mère (Hélène Surgère) et destinée à filmer " la vraie vie ", va se transformer rapidement en personnage invisible, omniprésent, quelquefois oppressant à force d’insistance. Et là, que nous disent les auteurs : qui suis-je face à une caméra (même amicale) ? Suis-je moi ou une image de moi ? Suis-je le vrai ou le paraître ?

Cette question posée en permanence provoque une gêne, la même ressentie par le sujet, une façon de nous prévenir : ne vous laissez pas manipuler par le cinéma, gardez vos distances.

Leur réflexion sur la vie, Ducastel et Martineau la mènent par le biais d’une histoire linéaire : l’année scolaire d’un ado (Etienne), dans une ville de province (Rouen), entre une mère esseulée (Ariane Ascaride), une grand-mère et un copain (Lucas Bonnifait) qui passe son temps à lui conter ses aventures avec les filles. Le père est mort en tombant d’une falaise à Etretat (suicide ou accident ?). La quête de l’amour, pour Etienne, est stoppée par cette frontière symbolique infranchissable : la mort, incompatible avec son désir de vivre. Il veut devenir champion de patinage artistique. Là, dans cet univers blanc, il s’envole littéralement, il rêve, cherche l’âme soeur. Sa vie est ruptures, chutes, efforts acharnés, petits moments, grandes interrogations. La caméra chercher les creux, les temps faibles où se nichent les secrets. Parfois prise de vertige, emportée par les tourments de l’adolescent, elle trébuche pour ne pas montrer ce qu’Etienne n’ose pas s’avouer.
Olivier Ducastel et Jacques Martineau ne sont pas des cinéastes arrivés, ils sont en chemin. Leurs deux premiers films " Jeanne et le garçon formidable " et " Drôle de Félix " avaient déjà du " chou ". Autobiographie ou pas, vraie vie ou fiction, même déguisé en amateur, le cinéaste est toujours démiurge.