8 Mile

Film américain de Curtis Hanson

Avec Eminem, Kim Basinger, Brittany Murphy, Mekhi Phifer

Sortie le 26-02-2003
Nominé aux Oscars dans la catégorie meilleure chanson pour Lose Yourself d’Eminem
 
   

Par Stéphanie Paraiso


Durée: 1h51

 
 
   

Premier essai du très controversé du rappeur Eminem en tant qu’acteur.

Détroit, 1995. " 8 mile road " sépare les banlieues riches des quartiers pauvres de cette ville du Michigan. Difficile de s’en sortir pour ceux qui, comme Jimmy Smith Jr, alias Rabbit, sont nés du mauvais côté de la barrière.

8 Mile n’est pas un hommage à la vie d’Eminem ni une énième fiction sur la vie en banlieue. Curtis Hanson, réalisateur de L.A. Confidential, Wonder Boys et La Main sur le Berceau, nous présente bien plus que ça: un appel à la persévérance, et au maintien de ses rêves, mêlant humour, drame psychologique, violence, sexe, drogues et hip-hop (à défaut de rock n’roll).

Le quotidien des jeunes de 8 mile (prononcer " eiyt maïle ") est loin d’être celui des stars du rap dont ils rêvent de suivre la voie: jobs éprouvants et mal payés, rivalités de gangs, relations amoureuses chaotiques et rapports conflictuels avec les parents, la mère, pour Jimmy (interprété par un Eminem, dont la vie fut proche de celle de son personnage). Le soir, c’est dans le Shelter, célèbre club de hip-hop " freestyle " de Détroit (comme on en trouve beaucoup aux États-Unis) que Future, animateur charismatique de ces soirées, Sol, rêveur optimiste, DJ Iz et Cheddar Bob, nouvelle famille de Jimmy, se retrouvent. Dans ce club, deux rappeurs, à la manière de boxeurs, improvisent un rap sur scène où chacun dispose de 45 secondes pour s’imposer en abattant son adversaire à coups de joutes purement verbales, face à un public intransigeant. Lors du premier combat, Rabbit est battu… Ces combats étant le seul moyen pour les jeunes du quartier de percer dans le milieu du hip-hop, une défaite est ce qui peut arriver de pire pour ces artistes. Par la suite, Rabbit va prendre confiance en lui, développer ses improvisations et arrêter de rêver sa vie. Grâce aux événements survenant dans son quotidien, il gagnera le dernier combat et sera proclamé champion (toute ressemblance avec un certain Rocky Balboa n’est pas fortuite, malheureusement). La fin nous laisse imaginer le reste…

8 Mile peut décevoir par son côté un peu trop édulcoré (la vraie mère d’Eminem était sûrement plus violente dans ses propos et un peu plus alcoolique que celle du film) et le rap d’Eminem est beaucoup moins " politiquement correct " que celui de Rabbit, ce qui peut décevoir les fans, mais pour les autres ce film est une occasion de découvrir toute l’envergure du talent de cet artiste, notamment dans le dernier combat où son rap nous prend aux tripes, nous fait vibrer, rire, et nous donne envie d’applaudir tellement c’est " trop de la balle "! Petit conseil à suivre impérativement: allez voir ce film en V.O.

On retrouve l’actrice fétiche du réalisateur, Kim Basinger, époustouflante dans le rôle de Stéphanie, mère à la limite de l’alcoolisme qui vit avec sa fille de 5 ans dans une roulotte et qui sort avec un jeune homme de l’âge de son fils Jimmy; mais comment ne pas acclamer le travail de Marshall Mathers, alias Eminem, teint en brun et aminci pour le rôle, dont la présence à l’écran et le charisme sont incontestables. Eminem, trublion du hip-hop et provocateur engagé qui ne mâche pas ses mots, comme acteur principal dans un film, on pouvait craindre le pire… mais le pire aurait été de rater sa performance. On note aussi une merveilleuse complicité entre les acteurs de la bande de Rabbit, ce qui n’est pas surprenant car, à la demande du réalisateur, ces derniers ont dû répéter ensemble chaque scène du film tous les jours de huit heures du matin à huit heures du soir pendant deux mois, avant le tournage. Forcément ça crée des liens! C’est aussi à la demande de Curtis Hanson qu’Eminem fera naître durant le tournage la chanson-phare du film, nominé aux oscars, dont le message est: saisis cette opportunité car elle ne se présente qu’une fois dans la vie.

Pas besoin d’être fan de hip-hop pour apprécier 8 Mile: ce film parle d’un combat quotidien pour survivre dans le monde où l’on vit, de ténacité, et si l’on creuse un peu plus profondément, on se rend vite compte que l’on a tous notre propre 8 Mile qui, comme pour le personnage principal, est une ligne plus psychologique que réelle qui nous sépare de ce que nous rêvons d’être.