Lost and found
Cua Roi

Film vietnamien de Vuong Doc

Avec Duc Khue, Hue Minh

Forum international du jeune cinéma. Festival de film de Berlin 2003
 
   

Par Victor Aumont


Durée: 1h37

 
 
   

A l’image de son personnage principal, Thang, chaste mathématicien de Hanoi introverti, Cua Roi présente le défaut de se replier dans une timidité de surdoué. Introversion qui finit par déteindre sur les qualités du film au point de le ramener à une magnanime rêverie.

Thang enseigne à des adultes les mathématiques et, accessoirement, le français. Comique et grave, il porte des lunettes à montures épaisses, est traité de poète, s’enfuit à vélo - comme pris d’Amok - lorsqu’on on lui adresse la parole, ne connaît aucune vie sexuelle ni amoureuse. Ses élèves le chérissent et le charrient.

Le personnage de Thang, porté par un jeu d’acteur sensible, est assez authentique pour que l’on s’y intéresse. Type même du professeur humble, sans ambition, au talent secret, il assume la vétusté de sa vie, distille le bien avec une pudeur qui le prive même de la conversation d’un entourage bienveillant.

Autour de Thang gravitent un groupe de gens admiratifs et jaloux parce que leurs voies professionnelles et familiales impliquent des comportements contraires au sien. Ils l’aiment et lui en veulent, de n’être pas moralisateur, et sont irrités par sa modestie suffisante, son silence neutre. Ni sage, ni tourmenté, mais posé, Thang interroge pour nous le rapport à l’argent, le superflu des congrès, de la réussite sociale, la vanité du couple; il remet aussi en cause la vie " normale ", pour ce qu’elle induit de rapports de force.

Symbole d’un jeune Vietnam subtilement contaminé par le mode de vie capitaliste, la fille d’une ancienne élève de Thang, à la fois porteuse des nouvelles valeurs et critique à leur égard, envie la forme de résistance passive qu’oppose au monde la vie de Thang. Pour le secouer, elle envoie à la chaîne locale de télévision une fausse annonce: Thang y prie " celui qui a perdu son porte-monnaie sous l’amandier " de venir le récupérer. Les gens débarquent chez Thang pour réclamer l’argent…

La démarche insolente de la jeune femme aurait pu ébranler le film, plus assoupi qu’un hippopotame endormi; mais c’est l’opiniâtreté de Thang qui l’emporte et le film se clôt par une autre fuite nocturne de Thang sur son vélo, le feu de circulation clignotant à l’orange, comme pour signaler l’inutilité du héros.

Cua Roi n’est pas très convaincant parce que Thang est un personnage platement taciturne, égal à lui-même, inébranlable malgré la sensibilité que l’on soupçonne, et de ce fait plastiquement lassant. Rien ne bouleverse la situation de départ. Si cette constance définit son univers, elle exclut aussi l’ouverture au monde, et conduit à un statu quo prévisible. Le film a le mérite de se conformer à ce qu’il raconte, mais ce mol renoncement à la communication, sans être de l’indifférence, irrite, et empêche tous, personnages, spectateurs, cinéaste, de s’investir ici dans la vie, là dans le film. La passivité n’est pas forcément cinégénique et l’inaction, même louable, ne rend pas toujours lucide.