Petites coupures

Film français de Pascal Bonitzer

Avec Daniel Auteuil, Kristin Scott Thomas, Ludivine Sagnier, Emmanuelle Devos, Jean Yanne

Sortie le 12-02-2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h35

 
 
   

Ceux qui ont aimé les précédents films de Pascal Bonitzer (dont je suis) vont être enchantés par ces Petites Coupures. On y retrouve la même invention dans les rencontres aléatoires, le goût des situations insolites, des personnages aux réactions imprévisibles et des dialogues où les réponses prennent les questions en porte-à-faux.

Il se dégage de tout cela une " patte " qui n’appartient qu’à lui et qu’on peut appeler le style. De film en film, Bonitzer porte le même regard ironique et attendri sur les démêlés inextricables de ses héros masculins avec les femmes.

Jamais l’expression " sauter sur tout ce qui bouge " ne s’est mieux appliqué que pour le personnage de Bruno, remarquablement incarné par Daniel Auteuil. Incapable de choisir entre sa femme, sa jeune maîtresse, une mystérieuse inconnue, une secrétaire scotchée à son portable, comme de réviser ses idées communistes mises à mal par le sens de l’histoire, il est le jouet velléitaire de la décision des autres et rejoint ainsi le club des anti-héros masculins du cinéma français dont Darroussin, Podalydès et autres Lucchini sont déjà des membres éminents. Veule, lâche, mais attachant, il se fait le messager de lettres dont il ignore le contenu. Peu à peu auto mutilé, égratigné, écorché, tant sur sa peau que dans ses convictions politiques, Bruno voit les " petites coupures " l’envahir corps et âme à mesure que se déroule ce récit plein d’humour amer qui le plonge progressivement dans un univers poétique et onirique.

L’élégance de la scène d’ouverture (deux femmes aiguisent notre intérêt dans un dialogue aux rebondissements inattendus à propos d’un bâton de rouge à lèvres) donne le " la " des qualités du film: fluidité elliptique du récit, ruptures de ton, personnages étranges qui croisent le parcours de Bruno, écriture cinématographique bondissante. Tous ces éléments feraient de Petites Coupures une parfaite réussite s’il n’y avait pas cet épilogue où manque la grâce qui l’a précédé, cherchant à instaurer un happy ending hypothétique, superflu et banal. Quel dommage de ne pas avoir fini par le beau plan de la bague submergée par la neige ensanglantée, conclusion logique de tout ce qui a précédé…