Monsieur N.

Film français de Antoine de Caunes

Avec Philippe Torreton, Richard E.Grant, Jay Rodan

Sortie le 12-02-2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h

 
 
   

Le dernier carré

Le générique de ce film réserve plein de surprises:

D’abord d’y voir figurer le nom d’Antoine de Caunes, alors que rien dans sa carrière de pitre à Canal Plus ne laissait supposer qu’il pourrait, un jour, réaliser une fresque historique d’une telle qualité.

On pouvait avoir un doute, car les animateurs tellement auto satisfaits de cette chaîne (Edouard Baer, Benoît Delépine ou Dominique Farrugia) n’ont guère brillé dans leurs tentatives cinématographiques, exception faite d’Alain Chabat dont l’original talent de cinéaste - et d’acteur - est évident.

Monsieur N. démontre avec éclat qu’Antoine de Caunes possède des qualités qui faisaient défaut à ses camarades et que la charge et la dérision n’étaient pas son unique préoccupation.

La deuxième surprise du générique, c’est de ne pas y voir le nom d’Alexandre Dumas, tant le superbe scénario de René Manzor paraît être inspiré par le nouvel hôte du Panthéon. Le mystère qui entoure la mort de Napoléon à Sainte-Hélène et les hypothèses qu’elle suscite nourrissent un récit épique et mystérieux qui s’apparente à l’imagination féconde du père des trois Mousquetaires.

Mais, plus que ces palpitantes suppositions, le cœur du film, reste le fascinant affrontement qui oppose l’Empereur vaincu mais dominant à son geôlier, Hudson Lowe, vainqueur mais dominé. C’est cet étrange univers où une poignée de Français, en grand uniforme, maintient l’étiquette d’une cour miniature, entassée dans un bungalow, sous la garde de 3000 soldats anglais éparpillés sur un îlot tropical. Enfin, c’est la relation ambiguë qui unit ces fidèles à leur souverain déchu, sans qu’on puisse démêler l’intérêt sordide de la fidélité sincère.

Le film, remarquablement réalisé et interprété, doit beaucoup à Philippe Torreton qui avait la lourde charge de succéder aux 32 587 Empereurs déjà incarnés à l’écran. Il nous propose un homme vieillissant, usé par l’inaction et l’ennui mais dont la capacité de répartie (je suppose que les dialogues doivent beaucoup au Mémorial de Sainte-Hélène) est intacte et redoutablement efficace.

Parmi les courageuses décisions artistiques de cette production, soulignons que les Anglais parlent l’anglais, les Français, le français (et même parfois le corse), ce qui nous change agréablement de ces films où les sous-mariniers russes, les nazis, le Pape, le dernier Empereur (de Chine) et les Polonais du ghetto parlent américain…

Je suis moins convaincu par l’enquête longuette et conventionnelle que mène, vingt ans plus tard, l’ancien aide de camp britannique (seul personnage inventé) auprès de tous les témoins survivants pour élucider le mystère de la mort de l’Empereur. Cela conduit à des artifices de construction (flash-back, effets de montage naïfs, maquillages appuyés) qui alourdissent la fin et coupent les ailes à l’invention lyrique qui régnait jusque là. Mais cette légère réserve ne doit pas vous détourner d’aller voir ce film ambitieux qui démontre que le cinéma français n’est pas seulement voué aux films intimistes bavards et aux petits problèmes du couple.