Mariage à la grecque
My Big Fat Greek Wedding

Film américain de Joel Zwick

Avec Nia Vardalos, John Corbett, Michael Constantine

Sortie le 12-02-2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h35

 
 
   

Label hellène

Pour ceux qui douteraient encore que la Société soit gérée par les femmes, malgré les apparences, je conseille d’aller voir cette comédie qui nous narre comment un jeune professeur W.A.S.P. se retrouve happé, ficelé et phagocyté en 10 bobines par une Grecque plutôt moche et sa bruyante famille.

Ce type de scénario qui nous décrit les difficultés du mariage mixte, qu’il s’agisse de Grecs, d’Italiens, de Juifs ou de Pakistanais dans la banlieue de Londres, n’est plus très original dans le cinéma d’aujourd’hui. Mais il donne toujours lieu à de savoureux chocs des cultures et ce Mariage à la Grecque compte parmi les plus réussis, ce qui explique son succès inattendu aux Etats-Unis où il a récolté 200 millions de dollars de recettes alors qu’il n’en avait coûté que cinq !

Du one-woman-show écrit et interprété par la comédienne du film, Nia Vardalos, le réalisateur Joel Zwick, qui travaille essentiellement pour la télévision comme la majorité de ses acteurs, a tiré un film qui présente d’intéressantes caractéristiques, dont l’absence de stars n’est pas la moindre.

D’abord, Nia Vardalos sait de quoi elle parle puisqu’elle est d’origine grecque et peut donc se permettre de pousser très loin l’auto caricature sans être taxée de xénophobie. Ensuite, elle a supprimé tout " glamour " de son personnage et insiste cruellement sur son physique plutôt ingrat qui justifie qu’elle a atteint la trentaine sans être mariée, au grand désespoir de sa famille. Enfin, elle piège le récit en commençant par critiquer la dictature de son étouffante famille, puis en n’ayant de cesse d’y enfermer l’homme de son choix qui aurait pu l’aider à s’en libérer. Le malaise que soulève cette union dans chacune des familles est traité avec humour, tant le désespoir du père grec que la stupeur contenue du couple anglo-saxon devant le choix de leurs enfants. Comme toujours dans les histoires d’amour, le récit ne traite que des difficultés rencontrées par le couple pour vaincre les obstacles qui s’opposent à son union: Depuis Tristan et Iseut, le mariage est toujours considéré comme une fin alors qu’il n’est qu’un début.

En conclusion, Nia Vardalos nous fait malicieusement entrevoir les lendemains de ce couple et l’avenir tout tracé de l’époux hellénisé.

Tous ces éléments évitent au film de tomber totalement dans les conventions habituelles.

Enfin, la bande sonore, due à deux compositeurs, présente un intérêt pour ceux que l’utilisation de la musique intéresse particulièrement: j’avance l’hypothèse que Alexander Janko a écrit les parties de sonorité grecque qui donne au film sa légèreté, sa fraîcheur et son rythme. Malheureusement, il est trop souvent relayé par son collègue, spécialiste des tenues de cordes hollywoodiennes, qui surligne les moments d’émotion et plonge le film dans des pléonasmes musicaux qui jurent avec la bonne humeur générale de cette entreprise.

Mais rassurez-vous: il ne s‘agit quand même pas d’un manifeste militant ou larmoyant pour le mariage mixte, mais d’une comédie enlevée, pleine d’humour, avec une brochette de comédiens qui n’hésitent pas à " en faire ".