Les baigneuses

Film français de Viviane Candas

Avec Jean-Pierre Kalfon, Ann-Gisel Glass, André Marcon

Sortie le 22-01-2003
Interdit aux moins de 16 ans
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h23

 
 
   

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24 h dans la vie de six show-girls

Sous couvert de référence picturale (celle du titre, celle de l’affiche et du premier plan du film), Les Baigneuses, mieux vaut le dire tout de suite, est un film qui ne plaira pas à tout le monde: il retrace une journée dans un peep-show. Même s’il réussit, à sa manière, à contourner l’obscénité, il reste interdit aux moins de 16 ans… Bref, à défaut de choquer, il en ennuiera plus d’un.

Et pourtant ce film, expérimental à bien des égards, n’est pas inintéressant. On imagine deux types de réactions: il y aura ceux qui seront gênés par l’omniprésence du nu et de sa mise en situation, ainsi que par le tournage du film en DV, visible surtout dans les scènes d’extérieur – ceux-là ne rentreront jamais dans le film, et partiront sans doute avant la fin.

Et il y aura ceux qui arriveront à dépasser ces deux partis pris, en les rapportant au projet d’ensemble: une sorte d’essai stylisé sur le nu au cinéma, une mise en valeur de la dimension éminemment cinématographique du peep-show, sur fond de conte moral comme il s’en jouait rue Saint-Denis, au temps de la cour des miracles.

Alors, on appréciera le travail des cadres, la mise en scène des corps à travers les jeux de miroirs, la dédramatisation esthétique du nu féminin qui détourne la pornographie de l’obscénité. Et on notera l’intérêt de certains choix techniques plutôt hardis, comme l’utilisation de la DV qui crée un malaise voulu: ainsi, les scènes d’extérieur de ce film " pirate " (tourné sans autorisation municipale) ont été délibérément saturées à l’étalonnage, comme pour créer un fossé entre l’intérieur et l’extérieur, entre le peep-show qui fascine et que finalement on adopte, et le dehors hostile qui donne envie au spectateur de retourner dans ce lieu d’interdit…

Malheureusement l’interprétation n’est pas à la hauteur des ambitions du film: outre certains personnages pas du tout convaincants (le patron Nico n’arriverait même pas à vendre du poisson au marché), nombre de répliques sentent le récité, de sorte que souvent, on ne croit pas aux situations. Gros défaut qui tend à donner raison aux détracteurs a priori du film, en achevant de le déréaliser, et de susciter le malaise.

C’est dommage, car il y avait une réelle recherche cinématographique. Les Baigneuses ont pris l’eau…