Novo

Film français de Jean-Pierre Limosin

Avec Eduardo Noriega, Anna Mouglalis, Nathalie Richard, Eric Caravaca, Paz Vega, Julie Gayet…

Sortie le 25-12-2002
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h38

 
 
   

Forever virgin

Après le dérangeant Faux-fuyants (co-réalisé avec Alain Bergala), l’étonnant Gardien de la nuit et le délicieux Tokyo Eyes, Jean-Pierre Limosin (pardon : " Jean P Limosin " — afféterie exotique ou imitation d’André S Labarthe, qui joue d’ailleurs dans le film ?) poursuit son étude originale de la jeunesse de son temps à travers les déambulations de personnages décalés.

Voici donc Novo, film léger et vivace suivant les pas d’un jeune homme condamné à réappréhender, heure après heure, le monde qui l’entoure. Graham (le mignon Eduardo Noriega : tantôt cabotin, tantôt ahuri, charmant avec son accent à couper au couteau et parfait avec sa tête d’ado insomniaque) aimerait aimer Irène (la vibrante Anna Mouglalis : hautaine et lumineuse, perçante et charmeuse, sorte de Virginie Ledoyen en moins fade — bien plus vivante, humaine et expressive), qui trouve le problème de ce charmant garçon aussi séduisant que désagréable.

Depuis Faux-fuyants, le style de Limosin n’a cessé de s’alléger, se nourrissant de l’esprit de son temps sans pour autant créer des objets vernis sans âme. Et pourtant " objets " est bien le mot qui caractérise Tokyo Eyes et Novo : deux objets apparemment superficiels mais dont l’intérêt pour la manière hype (caméra libre, musique techno, djeunes branchés), bien loin d’être un paquet cadeau gratuit, constitue la substance même.

L’inévitable comparaison avec Memento (où l’amnésie était le concept d’une expérimentation maniériste) et L’Homme sans passé, (où elle était le point de départ de la découverte d’une communauté), s’avère parfaitement stérile. Dans Novo, la perte de mémoire n’est pas tant un ressort dramatique qu’un prétexte à la découverte perpétuelle, vierge et émerveillée, du monde — et de son origine : le sexe. Certains ne manqueront pas de reprocher aux scènes de cul d’être gratuites. Le film serait-il aussi creux que le crâne de Graham et que ce qu’on trouve sous les jupes des filles ? Ces scènes placent pourtant le film entier sous le signe d’une sensualité, voire d’une expérience sensorielle, étonnante.

A l’instar d’Assayas, Limosin est un cinéaste singulier, tout sauf prétentieux, qui ose dépasser les limites de l’auteurisme pour aller chercher dans les créations plastiques et sonores de la société moderne la matière de ses films, pour composer finalement un objet graphique et musical contemporain ; un objet palpable, vivant grâce à la liberté de la mise en scène et vibrant grâce à la magie du montage. Mais si le dernier objet d’Assayas, Demonlover, était l’évocation glaçante de la déshumanisation des humains, Novo (" sentimental manifesto " comme le proclamait la bande-annonce) est un objet frivole et pétillant, facile peut-être mais au charme rare, qui revendique le droit à l’insouciance avec fantaisie et désinvolture. Non sans être empreint d’une certaine mélancolie. Bref, un objet léger obéissant aux lois de la gravité…

Par une heureuse adéquation avec son sujet, Novo est un film versatile qui pourrait s’oublier mais qui laisse des traces au fond du cerveau.