Meurs un autre jour
Die another day

Film américain de Lee Tamahori

Avec Pierce Brosnan, Halle Berry

Sortie le 20-11-2002
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 2h15

 
 
   

" Diamonds are for everyone "

Tout d’abord, on se demande comment les producteurs de la saga James Bond arrivent à trouver des titres aussi mauvais : Meurs un autre jour ou Le monde ne suffit pas, ces affirmations, prises comme maximes ou vérités générales, sans un gramme d’ironie, finissent par atteindre la limite de l’aberration grammaticale. Après ces considérations épistémologiques, il nous reste à souhaiter que le nouveau film de la série n’achèvera pas de traîner le nom de Bond dans la boue. C’est à craindre, pourtant (cf. The world is not enough, 1999).

Après une séquence préliminaire d’action, survient le générique, d’une complaisance folle, toujours soigné, jamais égalé (du moins, on se plaît encore à le croire). Mieux qu’un dépliant touristique, les excursions musclées du super agent proposent au spectateur ravi plusieurs décors (d’un exotisme vulgaire) assortis de musiques qui outrepassent la caricature. Au programme : l’Angleterre et l’Islande, Cuba avec danseuses des rues et maracas, et la Corée sur fond d’instruments asiatiques (genre cithare désaccordée).

Pour sa vingtième apparition, James Bond, en mission en Corée du Nord, est trahi. Emprisonné pendant un an, puis libéré. M. lui retire ses privilèges d’agent 00, et le jette comme une vieille chaussette. Bien décidé à regagner ses galons, le chevaleresque Bond se lance à la poursuite de ceux qui l’ont trahi, entre diamants et enquête politique. Il s’agit donc pour notre héros de reconquérir son identité, son poste, quelques femmes, et de se venger. Tout cela en un peu plus de deux heures.

Le Néo-zélandais Lee Tamahori (A couteaux tirés) à qui a été confiée la réalisation, n’innove pas réellement, ce, malgré la multiplication d’improbables cascades qui finissent par n’avoir plus rien d’original à côté des nombreux action movies dont on est inondés. Intégrant les données du sport tout terrain (après le ski, le surf), les innovations technologiques (voiture invisible, thérapie génique, appareils photo numériques, satellites), et les effets spéciaux prodigieux, le film pourtant ne surprend guère : course-poursuite de voitures en Islande, dans un décor tout de glace et de pixels etc.

A la nostalgie des thrillers d’espionnage de la guerre froide (Bons baisers de Russie) s’ajoutent des épisodes rituels (Money Penny) et des clins d’œils aux anciens épisodes, comme une rétrospective amusante des inventions obsolètes en compagnie de Q., l’imperturbable spécialiste ès gadgets.

L’espion qui n’a pas froid aux yeux promène joyeusement sa libido exacerbée, de sorte qu’on ne s’étonne de rien, depuis la parodie par Austin Power, intitulée Goldmember… Bond fait la connaissance de Jinx, Halle Berry — la plus blanche des actrices noires — transformée pour l’occasion en poupée de combats (en tous genres). Eperdue de reconnaissance, elle s’exclame lors d’une interview : " quel bonheur d’être une James Bond Girl ! ". Quant à Rosamund Pike, her name is not Blonde… but it could be : elle interprète la bien nommée et glaciale Miranda Frost.

Outre quelques coréens assoiffés de pouvoir, apparaît un pendant négatif de Bond : le milliardaire mégalo Gustav Graves, interprété par un Toby Stephens grimaçant – pour qu’on apprécie combien il est méchant — qui n’est autre que le fils de Dame Maggie Smith.

Conventionnel et peu audacieux, le film arbore son label américain : inévitable fin gnangnan, dialogues à la limite de l’autisme. Seul motif de distraction, la musique de Madonna. La star nous gratifie d’ailleurs d’une brève apparition.

Avec Meurs un autre jour les scénaristes en mal d’inspiration ne parviennent plus à assurer la singularité de la série, jetant le doute sur son crédit et sa longévité future.

Comme dans le dernier John Woo, Windtalkers, on sent dans le film hollywoodien une inquiétude : la crainte d’une menace ? Voilà ce que nous dit le film en filigrane : c’est de l’Asie que viendra la lumière.

En attendant, pourquoi attendre demain pour mourir ?