Ma mère préfère les femmes (surtout les jeunes)
A mi madre le gustan las mujeres

Film espagnol de Inés París
et Daniela Fejerman

Avec Leonor Watling, Rosa María Sardá, María Pujalte, Silvia Abascal

Sortie le 20-11-2002
Prix du public – Festival d’Annecy 2002
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h36

 
 
   

Y a-t-il une vie après Almodovar ?

On trouve à boire et à manger dans le cinéma espagnol contemporain, même si la France reste relativement épargnée par la sélection qu’opère la distribution. Il y a Almodovar, et les autres : ceux qui, le talent en moins, tentent d’exploiter au maximum cette veine du comique espagnol à l’extravagance phallo-multicolore. On obtient du plus ou moins mauvais goût, et du plus ou moins réussi.

La preuve, deux comédies espagnoles arrivent à peu près en même temps sur nos écrans, toutes deux avec Rosa María Sardá – tiens donc, une actrice d’Almodovar… : Anita n’en fait qu’à sa tête, et Ma mère préfère les femmes (surtout les jeunes) ; un beau programme… Le premier, malgré son loufoque sympathique, demeure un peu trop superficiel. Quant au second… Son titre ferait fuir à lui seul !

Et pourtant… On en sort très agréablement surpris, et même touché. Premier film espagnol co-réalisé par deux femmes, Ma mère préfère les femmes est certes – on ne s’en étonnera pas – un film de femmes (interprété par un groupe d’actrices complice et talentueux), mais c’est bien plus : rebondissant sur un argument cocasse (le jour de son anniversaire, Sofía annonce à ses trois filles qu’elle est tombée amoureuse d’une femme) qui pourrait laisser craindre une sorte de vaudeville à l’espagnole ennuyeux, le film s’épanouit en une comédie de personnages façon Woody Allen, transposée dans un monde de femmes aussi complexe que délicieux. Caricature d’un certain milieu intellectuel de gauche névrosé et paumé, personnifié à travers Elvira, la cadette des sœurs, Ma mère préfère les femmes nous offre une vision fine et sensible de ce que peuvent être aujourd’hui les relations familiales, sexuelles et affectives dans notre société moderne, sans jamais tomber dans le vulgaire et le racoleur.

Ma mère préfère les femmes est tout à fait ce genre de films qu’on va voir un peu à reculons, dans lequel on a du mal à rentrer au début, et dont on ressort ravi. Comme quoi, il y a peut-être une vie après Almodovar…