Visitor Q

Film japonais de Takashi Miike

Avec Kenichi Endo, Shungiku Uchida, Fujiko, Jun Moto

Sortie le 23-10-2002
Festival international de Locarno 2001
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h25

 
 
   

Love Cinema

Après l’ultra violence du complaisant Audition, celui qu’on surnomme à raison le " Prince du Crade " brutalise à nouveau le public avec Visitor Q, sorte de version trash, et finalement très à la mode, du Théorème de Pasolini. Le film est déjà culte au Japon, où Takashi Miike, extrêmement productif, est beaucoup plus connu qu’en Europe malgré la diffusion de ses films et sa présence dans les festivals.

Distribué par Pretty Pictures (!) Visitor Q fait partie d’un ensemble de six films tournés en digital vidéo, sur le thème de l’amour.

Le père, journaliste raté qui couche de temps à autre avec sa fille, prostituée fugueuse, cherche un sujet racoleur à vendre à la télévision, par exemple filmer son fils se faisant tabasser par des camarades de classe. La mère, quant à elle, vend son corps pour se payer l’héroïne qui lui permettra d’oublier que son fils la tape et l’humilie.

Miike serait peut-être le seul cinéaste à avoir traité le sujet sur le ton de l’humour noir et aussi crûment. La première image pose la question : " L’avez-vous déjà fait avec votre père ? ". Réponse : " oui ! ".

Il met en scène une famille disloquée : véritable puzzle, reconstitution fictive de différents aspects, terribles, de la société japonaise. Au fil de digressions surréalistes, le cinéaste brise un certain nombre tabous : image de la mère, prostitution, inceste, nécrophilie… La lente désintégration familiale est interrompue par l’arrivée d’un visiteur, sorte de yakusa radical, qui réunit finalement la famille.

Si certaines scènes sont franchement insupportables, on hésite tout au long du film entre le rire et le dégoût. Mais c’est quand le propos est volontairement polémique, délibérément choquant, qu’une distance s’instaure avec le spectateur (pas d’incitation à la violence, au contraire).

On l’aura compris, que le sujet soit plaisant ou non n’est pas le problème : cependant, avec Miike, il est difficile de faire la part des choses entre la démarche d’auteur et le voyeurisme complaisant. Inclassable, et halluciné Visitor Q est un film qui laisse perplexe.