Signes
Signs

Film américain de M. Night Shyamalan

Avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix

Sortie le 16-10-2002
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h45

 
 
   

Un film de science-affliction

Bien qu’Incassable m’ait déçu, j’étais resté impressionné par le subtil et talentueux Sixième Sens et j’espérais beaucoup de Signes, comme ça, au feeling. Ce n’est pas tous les jours que le cinéma américain nous propose pour héros un pasteur qui a perdu la Foi, dans un pays où le nom de God s’étale sur les billets de banque et où le Président sait, d’instinct, distinguer les bons des méchants et dresser la liste des Etats-Voyous.

La mise en place de l’histoire nous accroche bien, avec ce qu’il faut de mystère, d’étrangeté et d’angoisse (encore que les lourdes interventions musicales de James Newton Howard, hum… hum…). Cette indéfinissable menace qui plane serait-elle due à la présence d’extra-terrestres discrets ? Patientons… (1 h 45). Triste surprise : progressivement, le récit s’installe dans une affligeante niaiserie stéréotypée, style B.D., avec d’improbables frères fermiers, flanqués de deux caricatures de gamins américains non scolarisés, qui se coiffent d’entonnoirs en papier d’aluminium afin " qu’on ne puisse pas lire dans leurs pensées ". Il ne nous reste qu’un seul espoir : ce jeune prodige de Shyamalan nous embarque sur une fausse piste avec ce récit parodique qui va certainement déboucher sur une chute géniale, comme dans Sixième Sens.

Hélas, hélas, hélas… Entre deux sanglots, Mel n’arrête plus de faire la morale à son frère et à ses gosses qui larmoient à qui mieux mieux, tandis que les Martiens (facilement reconnaissables car ils sont verts) envahissent inexorablement la planète, scotchée devant ses téléviseurs, et la ferme de la famille Gibson.

Que va faire George W. Bush ? Rien. Le gigantesque arsenal accumulé depuis des années par les Etats-Unis semble inapproprié devant ce genre d’adversaires (on s’en doutait depuis le 11 septembre.). La télévision nous apprend que les synagogues, les églises et les temples sont pleins de fidèles. Et là, cherchez l’erreur… Vous brûlez : les mosquées sont vides ! Ergo y aurait-il collusion entre les musulmans et Mars ? Le vert de l’Islam serait-il celui des Martiens ? L’axe du Mal aurait-il un allié spatial ?

Que va faire Mel Gibson ? Tout. D’abord, en vieux cinéphile, il va barricader sa ferme avec des planches, comme dans les Westerns ou dans La Nuit des Morts-Vivants. Mais, vu l’urgence, il est inattentif et il cloue les planches DEVANT des portes qui ouvrent vers l’EXTERIEUR ! Vous n’allez pas me croire : cela suffit quand même à arrêter les envahisseurs. Pour s’en débarrasser ? Pas de problème. Une batte de base-ball et des verres d’eau (!) bien dirigés feront l’affaire. En hommage au théâtre de Guignol, l’histoire se termine donc à coups de bâton. Terrorisés, les Martiens repartiront piteusement vers l’Espace. Voilà qui devrait satisfaire les contribuables du monde entier dont les impôts passent dans des budgets militaires exponentiels et qui seront séduits par cette méthode écolo pour venir à bout d’Al-Quaida. Bien entendu, cette bastonnade finale libérera Mel de sa crise de Foi. Je n’invente rien, vous pouvez aller vérifier.

Tout cela ferait sourire si on ne nous présentait pas Shyamalan comme " un véritable auteur doublé d’un visionnaire " (sic). Devant ce catalogue paranoïaque des angoisses américaines qui s’étale sur l’écran, devant cette obsessionnelle hantise des envahisseurs monstrueux où se mêlent la religiosité gnangnan et la superstition puérile, on frissonne à l’idée que cette nation, auto proclamée gendarme du Monde, devient la maîtresse de nos destinées, et cela ne fait pas rire du tout.

Il faudra bien, un jour, qu’on comprenne pourquoi ce grand pays qui abrite un peuple audacieux, inventif et courageux, bourré de gens intelligents à l’origine de la plupart des avancées du monde moderne, nous propose chaque semaine des films que même la plupart des pré-adolescents trouvent infantiles ?