Parlez-moi d'amour

Film français de Sophie Marceau

Avec Judith Godrèche, Niels Arestrup

Sortie le 09-10-2002
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h38

 
 
   

Dites-moi des choses tendres…

Pour son premier film de réalisatrice, Sophie Marceau se défend d’avoir flirté avec l’autobiographie, mais reconnaît qu’elle se sentait plus à l’aise, comme auteur, dans l’évocation de souvenirs personnels que dans une oeuvre de pure fiction. La nuance est délicate et ce n’est pas le choix de ses comédiens qui nous aidera à faire le distinguo, tant leur ressemblance avec le couple original évoqué est grande.

Ce détail est, finalement, sans importance. Ce qui frappe le spectateur, tout d’abord, c’est le talent évident de scénariste et de dialoguiste que manifeste cette novice dans sa nouvelle carrière. L’ouverture et le cœur du film sont constitués d’une série de scènes violentes qui opposent un couple en voie de dissolution, au désespoir de leurs trois jeunes enfants qui les supplient de ne plus " se disputer. " Affrontements et réconciliations fugitives se succèdent ainsi, sans logique dramatique, " comme dans la vie ". Mais les lézardes sont trop profondes et la séparation devient inéluctable. Le regard que porte Sophie Marceau sur cette dégradation de l’amour est intéressant car il ne prend parti ni pour l’un, ni pour l’autre. On ne peut désigner celui qui a tort, car les griefs réciproques font pencher alternativement la balance vers chacun d’eux.

Le couple se sépare, la mère garde les enfants, le père va habiter ailleurs.

Ces affrontements sont filmés avec vivacité par une caméra habile, qui se glisse d’une pièce à l’autre, captant les montées d’adrénaline qui envahissent Judith Godrèche et Niels Arestrup, excellents tous les deux, dans cette longue scène de ménage ininterrompue. Jusque là, on pense que Sophie Marceau a réussi son coup d’essai.

Malheureusement, le dernier tiers du film ne me semble pas tenir les promesses du début. A partir de l’instant où le couple est dissous, la violence qui soutenait le récit disparaît et on a du mal à s’intéresser à la vie des protagonistes séparés qu’un montage, naïvement alterné, nous présente. D’autant que la musique d’Eric Neveux, jusque là remarquable par sa discrétion (donc par son efficacité), devient envahissante et rhapsodise abusivement en nappant des séquences de flash-back traitées avec tout un arsenal conventionnel (surexpositions, ralenti, etc.) qui détonne avec la maîtrise sèche de la première partie du film. On ne s’intéresse plus vraiment à la façon dont vivent désormais les personnages, perdus dans des dimanches familiaux à la campagne ou des cocktails espagnols mondains. On voit bien le contraste recherché par Sophie Marceau : la mise en place d’une sérénité apaisée qui succède aux cris et à la fureur du début et laisse espérer la cicatrisation des blessures dues à la rupture. Mais la mayonnaise prend mal et on ne retrouve plus, dans la morne et molle succession de plans des scènes finales, la " patte " qui avait maîtrisé le début. C’est dommage, mais cette réserve ne doit pas vous empêcher d’aller apprécier ce film comme il le mérite, car il est personnel et sincère, qualités trop souvent rares dans le cinéma.