S1mOne

Film américain de Andrew Niccol

Avec Al Pacino, Catherine Keener, Rachel Roberts

Sortie le 18-09-2002
 
   

Par Christophe Chauvin


Durée: 1h55

 
 
   

Après avoir écrit le génial scénario de The Truman show et réalisé le chef d'œuvre (à mon avis) Bienvenue à Gattaca, Andrew Niccol signe une comédie délirante et acerbe sur le mythe de Pygmalion.

S1mOne, avec en apparence une intrigue simple (un réalisateur, las des exigences des acteurs, décide de créer une actrice parfaite, parfaitement virtuelle, à l'aide d'un logiciel informatique…), développe à nouveau certains thèmes de prédilection de Niccol, déjà évoqués dans ses précédents scénarios, à savoir la toute puissance des images et la volonté de l'homme de créer, à n'importe quel prix, une société meilleure.

Mais ici, il n'est pas question d'eugénisme : le réalisateur s'attaque au problème de l'évolution de la technologie en matière de numérique. Dans quelle mesure l'homme a-t-il la capacité de maîtriser la science ? L'évolution technique est-elle réellement une forme de progrès ?

En choisissant de traiter un thème très actuel, le réalisateur pèse le pour et le contre , en penchant vraisemblablement plus du côté de la dénonciation. Car même si S1mOne se révèle être, à première vue, le remède à tous les caprices de stars et aux problèmes d'argent, qui plus est sous la forme d'un mélange alléchant d'Audrey Hepburn et Lauren Baccall, le réalisateur nous montre bien que rien ne vaut la prestation d'une Winona Ryder (qui fait quelques apparitions) ou d'un Al Pacino survolté et génialissime (déjà sublimé par Michael Mann ces dernières années).

Mais Niccol ne se veut ni moraliste, ni pessimiste, mais seulement réaliste, quand on voit le poids que prennent les images dans notre société. Ainsi S1mOne, comme Frankenstein, se retourne contre son créateur. Le film est une comédie, ce n'est pas pour autant qu'il se termine bien ; car derrière l'apparente happy-end, on se rend compte que l'inversion des rôles s'est opérée : le maître est définitivement pris au piège, devenu l’esclave de sa propre création, condamné à subir les conséquences irréversibles de ses actes.

Visionnaire ? On ne peut l'affirmer mais juste dire que c'est fort probable, quand on voit à quel point le cinéma devient dépendant des images de synthèse. Niccol passe ici maître dans l'art de la confusion entre apparence et réalité, jusqu'à nous faire douter à propos du statut de S1mOne - pure création 3D, ou non ? Et même si on sait maintenant que l'actrice s'appelle Rachel Roberts, Al Pacino résume bien la situation et le propos du film : "notre capacité à créer du faux a dépassé notre capacité à le détecter" (en anglais, c'est beaucoup mieux!).

S1mOne est également une critique virulente du système hollywoodien, visant l'usurpation, l'illusion du réel, la puissance des médias et la quête du succès par tous les moyens. L'occasion pour le réalisateur de nous rappeler que le cinéma est une industrie, et aussi, bien trop souvent, juste une question d'argent...

S1mOne est donc une comédie dont le fort est de réussir à nous faire à la fois rire et réfléchir, et se rapproche ainsi du conte philosophique ou de la fable ("plaire et instruire", disait La Fontaine). C'est également la preuve qu' Andrew Niccol, avant d'être un grand metteur en scène, est un très grand scénariste...