TEN

Film iranien de Abbas Kiarostami
Sélection officielle festival de Cannes

Avec Mania Akbari, Roya Arabshahi, Katayoun Tleidzadeh

Sortie le 18-09-2002
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h34

 
 
   

Dur, dur…

Dans la course à la Palme du Cinéma Minimaliste, le Festival de Cannes possède, dans son écurie, deux fidèles canassons qui prennent régulièrement le départ pour le plus grand bonheur de la Critique française, si chère à Woody Allen : de Oliveira et Kiarostami. Cette année, y'avait pas photo : l’Iranien aurait dû l’emporter de plusieurs longueurs (Malheureusement, ce Prix ne figure pas encore dans le Palmarès…).

Fixez solidement une mini-DV sur le tableau de bord d’une voiture, cadrez vaguement le siège du passager, appuyez sur le petit bouton rouge (ça tourne !), enregistrez la conversation des différents occupants, répétez l’opération dix (TEN) fois durant une dizaine de minutes et vous obtiendrez un long métrage sélectionné à Cannes. Pour ne pas être soupçonné de paresse, dirigez parfois hardiment votre caméscope vers la conductrice (là, les critiques vont se pâmer).

Vous avez dit "minimaliste" ?

Faites le compte : Il n’y a pas d’équipe technique (où tiendrait-elle dans la voiture ?), pas de scénariste, pas de dialoguiste, pas de mise en scène, pas d’éclairage, pas de pellicule, pas de frais de labo (sauf le transfert video/film), pas de montage, pas de musique et, je suppose, pas de mixage. On peut espérer que la production de telles entreprises augmentera les chiffres du chômage chez les intermittents du spectacle.

Serait-ce de la radio ? Si on veut, mais avec un gros défaut pour les étrangers : ça ne parle que persan, donc vous lisez d’abondants sous-titres pendant 94 minutes (ce n’est pas si grave, puisqu’il ne se passe rien sur l’écran). Comme la copie projetée à Cannes était doublement sous-titrée en français et en anglais, on pouvait s’occuper en comparant les tournures de chaque langue, ce qui permet de ne pas perdre entièrement son temps.

Pour être honnête, j’ai trouvé intéressante la première scène qui relate les reproches qu’adresse un jeune garçon à sa mère, conductrice off screen de la voiture, dont il ne supporte pas le divorce. Il y avait là un intéressant court-métrage soutenu par le talent du petit comédien.

Bref, j’aurais été assez d’accord pour " ONE ".

Je suppose que l’an prochain, au sommet de son art, Kiarostami, qui est le véritable inventeur du " road-movie " (abusivement attribué à Wim Wenders), ou plus précisément du " car-movie ", nous proposera le fauteuil du passager vide dans une voiture arrêtée en stationnement. Cela pourrait s’appeler "Circulez, y a rien à voir …"