Photo obsession
One hour photo

Film américain de Mark Romanek

Avec Robin Williams, Connie Nielsen, Gary Cole, Eriq La Salle

Sortie le 18-09-2002
Festival de Deauville 2002 : prix du jury ex-aequo, prix Journal du dimanche du public, prix des lecteurs de Première
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h38

 
 
   

Photo fixette

Bien que son premier film n’ait pas encore été diffusé en France, Mark Romanek est peut-être connu des visiteurs du Musée d’Art Moderne de New York où ses clips sont projetés.

Son deuxième long-métrage, One hour photo, couronné de trois prix, est le grand vainqueur du festival de Deauville. Est-ce un drame, une critique naturaliste, une étude de mœurs ? Avant de basculer dans le thriller (annoncé dès le début par un générique qu’on oublie par la suite) Mark Romanek maintient le spectateur en état d’alerte grâce à un suspense soutenu.

Photo obsession (titre mal traduit en français) ne relate pas le parcours d’un obsédé visuel ou d’un maniaque du téléobjectif.

Bien au contraire, la photographie est présentée, ici, à la fois comme une fin (se souvenir des petites choses, à la manière du sac plastique filmé dans American Beauty) et comme un moyen : pour Sy, employé scrupuleux d’un supermarché, les photos qu’il développe toute la journée sont l’occasion de vivre par procuration une existence plus excitante. Affligé pour ainsi dire d’une non-vie, se sentant relégué au rang d’automate, notre héros s’attache à la famille Yorkin (jolie maman, gentil papa, mignon fiston), clients de longue date au rayon photo.

L’idée du scénario pourrait être inspirée d’un fait divers, comme, par exemple la tragédie des deux fillettes anglaises, assassinées sans doute par le concierge de leur école. Il s’agit ici d’un homme qui se sent insignifiant, dont le quotidien se trouve nié, et qui " développe " une pathologie obsessionnelle.

Mark Romanek signe un film très efficace, au casting en béton : Robin Williams incarne, avec un parti pris minimaliste, et avec talent, " Sy-the-photo-guy " (" le type des photos ").

Face à lui, Connie Nielsen et Michael Vartan (sorte de faux Tom Cruise), forment un couple parfait dans leurs rôles de jeunes mariés lisses et " successful ".

Le bon docteur Benton de la série Urgences est, quant à lui, métamorphosé en inspecteur de police .

Photo obsession est à la fois surprenant, et visuellement novateur : on peut ainsi saluer la participation du directeur de la photo Jeff Cronenweth (Fight Club).

En outre, les trois décors principaux qu’explore le film évitent les clichés habituels ou, au contraire, en jouent avec brio. Les néons blafards du supermarché ainsi que le lugubre appartement de Sy contrastent avec l’intérieur chaleureux des Yorkin, et leur existence ponctuée d’instants Kodak.

Le réalisateur dresse un constat accablant sur les disparités de vie en Amérique, une société de consommation aliénante et un mode de vie dont il déplore la déshumanisation et l’artifice.

Bien que la démonstration soit talentueuse, il n’y là rien de bien révolutionnaire, surtout lorsque la fin s’annonce et que la morale sous-jacente apparaît : gare à qui trompe sa femme et délaisse son foyer, il lui en cuira… ! 

Comme un spectateur de feuilleton, Sy se détourne de sa propre vie au profit d’une autre plus attractive, à laquelle il ne peut prendre aucune part. Le passage du virtuel au réel marque toute la différence pour le spectateur enfoui dans son fauteuil : Sy réalise alors le désir inconscient de tout un chacun, c’est à dire agir sur une réalité hors d’atteinte, qui le fascine, et, par là, prouver au monde son existence.