Les sentiers de la perdition
Road to Perdition

Film américain de Sam Mendes

Avec Tom Hanks, Paul Newman, Jude Law, Stanley Tucci, Jennifer Jason Leigh

Sortie le 11-09-2002
 
   

Par Christophe Chauvin


Durée: 2h05

 
 
   

Etats-Unis, 1931 : Michael Sullivan (Tom Hanks) est un tueur professionnel au service de la mafia irlandaise dans le Chicago de la Grande Dépression.

Il travaille pour Mr. Rooney (Paul Newman), son patron et mentor, qui l'a élevé comme un fils.

Mais le jour où Michael Sullivan Junior (Tyler Hoechlin), poussé par des sentiments à la fois d'admiration et de peur à l'égard de son père, découvre la profession de celui-ci, l'engrenage est lancé.

Un long voyage commence alors pour Michael Sullivan et son fils. Mais cette "Road to Perdition" sera-t-elle simplement celle de Perdition, la ville vers laquelle ils se dirigent, ou bien de la Perdition, appellation euphémique de l'Enfer, voie qu'a suivi Michael Senior mais dont il espère détourner son fils ?

Partant d'une intrigue assez banale, le film pose néanmoins de nombreuses questions.

Un homme ayant mené une mauvaise vie peut-il se racheter par procuration ? Un père doit-il protéger son fils biologique ou son fils spirituel, sachant que celui-ci est à la fois bon et méchant et que l'autre est ouvertement mauvais ?

Tels les personnages du film, le spectateur s'implique dans les choix auxquels ils doivent faire face. Plus qu'un bon film de gangsters, Road to Perdition est l'exploration d'une relation père/fils, l'émergence, à travers un drame familial, d'un rapport plus étroit et plus gratifiant. C'est tout simplement l'histoire d'un père et d'un fils qui vont apprendre à se connaître alors même qu'ils découvrent l'un et l'autre qui ils sont. En ce sens, le film rejoint la trilogie du Parrain sur le destin tragique d'une grande "famille", brisée à cause de relations complexes et souvent antagonistes. Paul Newman n'est d'ailleurs pas sans rappeler un certain Marlon Brando dans un de ses meilleurs rôles...

C'est en outre l'alternance de scènes d'action et de scènes intimistes qui donne tout son intérêt au spectacle et permet un développement intéressant et approfondi des personnages, notamment celui qu'interprète un Tom Hanks, tout en retenu. L'acteur joue ici dans un registre beaucoup plus sombre qu'à son habitude : Michael Sullivan est en effet un personnage très noir, mystérieux, qui n'exprime jamais ouvertement ses sentiments et l'acteur arrive, par son silence, à donner une véritable profondeur à ce personnage hanté par la culpabilité et les regrets.

Outre l'histoire et les personnages très élaborés on peut également saluer la mise en scène fluide et toujours posée de Sam Mendes. Certaines scènes, notamment la dernière se déroulant la nuit sous la pluie, animée par la musique magnifique composée par Thomas Newman, constituent des chefs d'œuvre à elles-seules.

Mais le directeur de la photographie n'y est également pas pour rien. Conrad L. Hall, deux fois oscarisé à 30 ans d'intervalle pour Butch Cassidy et le Kid et American Beauty, peut se vanter d'avoir éclairé ce qui est, à mon avis, un des plus beaux films de ces derniers mois. D'autant que la recréation de l'Amérique des années 30 (costumes, décors...) est absolument grandiose. Autant dire qu'on s'y croirait vraiment !

Sam Mendes réalise donc, avec son second film, un véritable coup de maître. Road to Perdition remplit toutes les qualités attendues : émouvant, palpitant, profond, magnifiquement mis en scène ; un film à la beauté incontestable et au casting parfait...

Après Scarface d'Howard Hawks, ou les Incorruptibles de Brian de Palma, Road to Perdition restera peut-être comme l' un des meilleurs films, du moins l'un des plus beaux, sur l'époque de la Prohibition et des gangsters légendaires comme Al Capone.