Vendredi soir

Film français de Claire Denis

Avec Vincent Lindon, Valérie Lemercier

Sortie le 11-09-2002
Compétition festival de Venise 2002
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h30

 
 
   

Après Trouble every day, Claire Denis réalise l’adaptation d’une nouvelle d’Emmanuèle Bernheim (écrivain, et co-scénariste des Destinées sentimentales, notamment).

Première difficulté, étirer sur 1 h 30 un court récit, qui peut se résumer en une phrase. Une jeune femme qui est sur le point se mettre en ménage passe une nuit, temps d’une très brève aventure, avec un auto-stoppeur insolite.

Brève rencontre de David Lean, Intimité de Chereau et Brève traversée, téléfilm de Catherine Breillat : il semblerait que l’escapade amoureuse soit un thème romanesque de toutes les époques. Déjà dans Jules et Jim, Catherine (Jeanne Moreau) rejoignait son amant pour une dernière aventure, avant de se marier.

Le nouveau film de Claire Denis est construit sur un mouvement oscillatoire : la solitude et la multitude, l’amour et le sexe, le rêve et la réalité, le mental et le physique. La première partie nous enferme à l’intérieur d’une voiture, sorte de ventre maternel protecteur, avec Laure, dans un Paris embouteillé par une grève des transports. A l’intérieur, c’est la sécurité, en même temps que l’emprisonnement et l’ennui (qui contamine le spectateur), à l’extérieur c’est le chaos d’un univers qui frise le fantastique.

La deuxième partie nous fait basculer de l’univers mental de Laure à celui d’une relation charnelle à partir du moment où Vincent Lindon — dont on appréciera le jeu toujours sobre — pénètre dans la voiture, c’est à dire dans l’intimité de Laure. Celle-ci est incarnée par une Valérie Lemercier inattendue, que l’on voit évoluer désormais vers des rôles dramatiques.

Ce qui pourrait être banal (la relation physique), est transfiguré par " l’exceptionnel " (une nouvelle, n’est-ce pas raconter un événement " inouï " ?). En un minimum de dialogues, Claire Denis parvient à créer une atmosphère telle que les images se suffisent à elles-mêmes. Une grande part de la construction dramatique vient d’une bande son très élaborée : bruits pour la réalité, musique pour le rêve, silence pour les troubles de l’âme de l’héroïne.

Je ne saurais dire ce que représente ce film dans le parcours de la réalisatrice, mais il semble évidemment s’inscrire dans la veine d’un cinéma qui a d’autres buts que celui de divertir. Bien filmé, mais beaucoup trop long, Vendredi soir, malgré ses qualités, ne convainc pas.