The Company Men

Film américain de John Wells

Avec Tommy Lee Jones, Ben Affleck, Chris Cooper, Kevin Costner

Sortie le 30-03-2011
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h52

 
 
   

La fin du confort

      Essentiellement connu jusqu’ici comme le producteur fécond de séries télévisées célèbres avec, entre autres, les 154 épisodes de A la Maison Blanche ou les 329 d’Urgences, John Wells attaque sa première réalisation au cinéma avec The Company Men, dont il est également scénariste. On ne peut nier qu’il soit doué. S’inspirant de la crise économique de 2008 dont nous ressentons toujours les effets, il dépeint la dégringolade sociale de trois cadres supérieurs qui sont licenciés par la direction pour alléger le personnel pléthorique d’une grande société industrielle. Finis les parties de golf et l’entretien de la Porsche, terminés les vols en jet privé pour que madame, sortant de la piscine, puisse aller chiner à l’autre bout du pays…

     On ne peut qu’admirer l’étonnante capacité des scénaristes américains de s’inspirer des épisodes que traverse le monde pour bâtir, à chaud, une histoire qui nous concerne. Le tour de force de ce scénario est d’arriver à nous émouvoir, pour une fois, par le drame de ces ex-nantis sans que nous pensions en ricanant : « à chacun son tour ». Nous n’oublierons pas ces plans du parking ensoleillé de l’entreprise où évolue le défilé des licenciés du jour, portant leur carton d’objets personnels vers la voiture. Les trois acteurs principaux de ce drame – Ben Affleck, Tommy Lee Jones et Chris Cooper – sont pour beaucoup dans l’empathie que nous éprouvons à leur égard, sans oublier Kevin Costner, excellent en modeste artisan menuisier qui tente de venir en aide à un beau-frère vraiment peu apte aux travaux manuels. Le récit décrit sans pathos le parcours de ces trois exclus qui s’efforcent de maintenir un train de vie identique à celui du temps de leur splendeur, n’osant pas dire la vérité aux enfants et quittant la maison le matin comme si rien n’avait changé pour passer, en réalité, des entretiens d’embauche de plus en plus humiliants, débouchant parfois sur une espérance vite déçue.

     La longue traversée de toutes ces épreuves aboutit, malheureusement, à une conclusion plutôt décevante. Cédant à l’incurable manie américaine de terminer les drames par une note d’espoir, John Wells nous tricote une improbable fin optimiste indigne de la richesse inventive des séquences précédentes, ce qui empêche The Company Men d’être la complète réussite que le film a frôlée.