Women without Men
Zanan-e Bedun-e Mardan

Film iranien de Shirin Neshat
Inspiré par une nouvelle de Shahnursh Parsipur

Avec Pegah Ferydoni, Arita Shahrzad, Shabnam Tolouel, Orsi Toth

Sortie le 13-04-2011
Prix spécial du Jury Venise 2009
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h35

 
 
   

Coups d Etat permanents

      Shirin Neshat est une photographe et vidéaste iranienne de réputation mondiale qui se consacre aux sujets politiques et sociaux, particulièrement ceux concernant la condition féminine dans son pays. Le scénario de son premier long-métrage traite également de ces préoccupations permanentes.

      Une des originalités de Women without Men réside dans le choix de l’époque où se déroule l’histoire : 1953. Deux ans auparavant, le vieux Docteur Mossadegh, homme politique notoire, avait été élu démocratiquement chef du gouvernement et avait nationalisé aussitôt les compagnies pétrolières britanniques, estimant que leurs revenus  devraient plutôt revenir au peuple iranien. En pleine guerre froide, alors que la décolonisation n’était pas encore à l’ordre du jour, une telle insolence ne fut pas du goût des Anglais qui, aidés par les Américains, finirent par débarquer ce vieux nationaliste et ramenèrent le Shah, réfugié en Italie, pour le remettre sur son trône (et sur les couvertures des Paris-Match de l’époque).

     Ces évènements révolutionnaires vont servir de révélateur et de lien pour les quatre femmes dont Shirin Neshat nous conte l’histoire. Mais le film est trop riche pour tenter de résumer le foisonnement oriental des épisodes qui vont aboutir à la réunion de ce quatuor féminin dans une sorte de verger paisible et protecteur, alors que les rues sont le théâtre de violentes manifestations. On sent dans la réalisation de ce premier film le goût et l’expérience du traitement de l’image accumulés par Shirin Neshat dans son activité précédente de photographe. Bien qu’utilisant une pellicule couleur, elle nous propose une vision presque noir et blanc de l’action, teintant parfois légèrement le rendu chromatique d’une scène, selon le lieu ou le moment. La réalisatrice, qui vit hors d’Iran depuis longtemps, doute que son film - primé à Venise en 2009 - puisse être projeté dans son pays, compte tenu des évidentes similitudes entre la situation actuelle et celle que relate son scénario inspiré d’une nouvelle de la romancière Shahrnush Parsipur, elle-même établie aux Etats-Unis. L’exil des deux auteurs de ce projet explique que le tournage se soit déroulé au Maroc - dans Casablanca maquillé en Téhéran - que la distribution n’ait pu faire fait appel qu’à des Iraniens exilés et que le financement n’ait été possible qu’en rassemblant des coproducteurs de la Communauté Européenne.