True Grit

Film américain de Joel et Ethan Coen

Avec Jeff Bridges, Matt Damon,Hailee Steinfeld, Josh Brolin, Barry Pepper

Sortie le 23-02-2011
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h50

 
 
   

Parodie ou nostalgie ?

     Dans ce True Grit, la patte des Coen brothers n’apparaît pas aussi clairement que dans leurs films précédents. Ils s’inspirent souvent d’une catégorie bien définie du cinéma américain (polar, comédie, fantastique, etc.) comme le faisait naguère Mel Brooks ou, en France, Paul Paviot avec ses courts métrages humoristiques et germanopratins des années 50 intitulés Chicago Digest ou Torticola contre Frankensberg (dans lesquels débutèrent, entre autres, Daniel Gélin et Michel Piccoli). Le western manquait à la liste des deux frangins, c’est désormais chose faite en reprenant le scénario du premier True Grit - « La jeune Mattie Ross, 14 ans, cherche à engager un Marshall pour 100 dollars afin de rattraper le bandit qui a tué son père » - réalisé par Henry Hathaway, avec John Wayne, en 1969. Une différence notable entre les deux versions : John Wayne et Jeff Bridges ne sont pas borgnes du même ½il !

     Bien entendu, les moyens dont disposent aujourd’hui Joel et Ethan rendent difficile la comparaison avec les pochades que j’évoquais plus haut. Le problème c’est que l’habituelle Coen touch n’est guère apparente dans ce film hybride. Donc, les amateurs de westerns « au premier degré » ne seront pas déçus : décors, paysages, chevauchées, traversées de rivière en crue, méchants torves, héros alcooliques et thèmes musicaux ouesterniens font de ce True Grit bis la synthèse de tous les films de cow-boys qui l’ont précédé, la sincérité en moins. Par contre, ceux qui espéraient leur rendez-vous rituel avec les frères Coen seront plutôt désarçonnés (évidemment !)

      L’impression de malaise est suscitée par le jeu des acteurs qui donnent trop l’impression de parodier les grands anciens et finissent dans la caricature. L’excellent Jeff Bridges - épatant en Lebowski - ne convainc guère en Marshall borgne-pochard-titubant-à-la-voix-éraillée. L’inévitable Matt Damon (qu’on n’avait pas vu sur un écran depuis au moins une semaine) propose un pastiche d’Henry Fonda en Texas Ranger pète-sec et service-service, les « méchants » semblent sortir d’une production Disney, etc. Seule l’héroïne tend vers l’originalité : Hailee Steinfeld, pré–ado trop vite grandie, tient tête à une bande de cartes seniors bardées de flingues dans des affrontements improbables où elle a chaque fois le dernier mot, évidemment. On pressent que ce garçon manqué risque de finir vieille fille si elle (il ?) sort intacte de cette aventure. Il y a, aussi, une trop longue mise en place de la situation, faite d’une succession d’interminables scènes dialoguées en champ/contre-champ enchaînant des marchandages répétitifs où les propositions, refus, discussions, re-refus, puis accord extorqué  tournent en boucle. L’étrange trio formé par le Marshall, le Ranger et Mattie Ross peut enfin se mettre en route à la recherche de l'assassin. On va perdre Matt Damon à plusieurs reprises durant les chevauchées qui suivent mais, hélas, on le récupère à chaque fois…

 On envisage alors d’abandonner cet ersatz de film dont on n’espère plus rien, lorsque, après plus de 90 minutes qui se traînent sans surprise, les frères Coen se réveillent enfin et nous offrent un dernier quart d’heure inattendu et admirable qui prouve que nous étions bien au cinéma, avec tout le plaisir qu’on peut en espérer. Certes, le prologue est un peu long, mais peut-être que la traversée de ce purgatoire est le prix à payer pour pouvoir jouir totalement de cet étincelant final. Donc, entre P et ***, je vous laisse juge.