Never let me go

Film anglais de Mark Romanek

Avec Carey Mulligan, Andrew Garfield, Keira Knightley

Sortie le 02-03-2011
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h43

 
 
   

Bébés médicaments

      Never let me go est tiré du roman de Kasuo Ishiguro paru en français sous le titre de « Auprès de moi toujours ». Ce romancier d’origine japonaise était déjà l’auteur du britishissime Les Vestiges du Jour, adapté au cinéma par James Ivory en 1993, qui décrivait les tares de la gentry décadente mieux qu’un Anglais de souche. Son nouvel ouvrage se déroule également dans cette Angleterre qu’il connaît si bien, durant les dernières décennies  du XXeme siècle. Mais dans ce cadre presque contemporain, l’histoire qu’il développe flirte avec la science-fiction sans que soit convoqué le moindre extra-terrestre.

      Dans un admirable collège digne d’éloges, de jeunes élèves, apparemment heureux, poursuivent une scolarité idéale sous la direction de professeurs qui se préoccupent visiblement de leur bien-être. Cependant, l’établissement semble étrangement coupé du monde et nulle famille ne vient jamais visiter ces enfants. Les années passent, paisibles… Lorsqu’ils arrivent à l’adolescence, on leur apprend qu’ils sont destinés à donner leurs organes aux malades qui auront besoin d’une transplantation. Après trois ou quatre dons d’organes essentiels, ils mourront, bien entendu. Leur conditionnement est tel qu’ils intègrent cette information avec le même fatalisme que nous acceptons, bon gré mal gré, l’idée de notre propre mort. D’avoir été transformés en banques d’organes ne les révoltent pas outre mesure, et les problèmes sentimentaux qu’ils traversent, en attendant, semblent les préoccuper davantage que leur funeste destin. Comme on l'imagine, tout cela n’est pas d’une gaieté folle mais le postulat du scénario est intéressant à notre époque où apparaissent déjà les premiers  "bébés-médicaments" qui posent de sérieux problèmes éthiques.
  
      Pour réaliser le film, la production a fait appel à un réalisateur américain issu de la pub et des clips, Mark Romanek, qui avait écrit et réalisé un premier long-métrage plutôt original en 2002, Photo Obsession, dans lequel Robin Williams incarnait un employé d’un Photo-Service Express obsédé par la vie d’une famille dont il développait les images. Cela le préparait-il à l’étrange scénario de Kasuo Ishiguro qui est également coproducteur du film ? On peut se poser la question : est-ce pour exorciser le montage mitraillette des clips et des pubs que Mark Romanek a adopté un rythme somnolent et académique qui donne l’impression que le film a été tourné à 32 images/seconde ? Ce ralenti permanent est aggravé par la présence obsédante d’une funèbre musique de Rachel Portman dont les soli de violoncelle n’ont guère pour effet de donner du rythme à l’(in)action générale. Malgré les louables efforts des jeunes comédiens embarqués dans cette triste aventure, on a du mal à éprouver de l’empathie pour ces êtres qui semblent insensibles et dont on ne sait s’ils sont des sortes de robots ou des humains malheureux. On peut craindre que, malgré le soin évident  apporté à la production de ce film ambitieux, le résultat obtenu ne puisse se comparer aux capacités de l'imaginaire d’un lecteur devant un tel récit, lecteur qui risque d’être déçu par la version forcément différente que lui proposera l’écran. Il est encore des cas où la littérature l’emporte sur le cinéma.