Les Fables de Starewitch

Film français de Ladislas Starewitch
Jean de La Fontaine

Avec Film d animation

Sortie le 09-02-2011
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h10

 
 
   

Fabuleux

      Réalisés entre 1922 et 1932, ces cinq courts-métrages inspirés par les fables de La Fontaine dégagent la même poésie naïve que le premier King Kong qui, comparé aux deux remakes qui ont suivi (véritables catalogues d’effets spéciaux virtuoses), demeure un modèle d’ingéniosité technique remarquable pour l’époque. Comment juger aujourd’hui cet art patient de l’image par image à l’heure où l’outil informatique a révolutionné les personnages, le récit, le rythme et la fabrication des films d’animation dont le succès se maintient ? L’univers de Starewitch n’a plus rien de commun avec le graphisme des animateurs contemporains dont le style elliptique et rapide, les effets sonores et la caractérisation des voix sont les éléments dominants de l’animation moderne, parfois au détriment de la poésie..

      Un émouvant court-métrage tourné en 1932 complète ces cinq Fables de La Fontaine. Il nous montre Starewitch, assisté de sa fille aînée Irène, se livrant au ballet répétitif et minutieux de l’image par image, déplaçant, millimètre par millimètre, les personnages articulés qu’ils ont fabriqués et costumés dans les décors qu’ils ont construits et éclairés avec l’aide du reste de la famille : Anna, sa femme et  Nina, la cadette. A la cadence de 24 images par seconde, une minute de projection pouvait demander plusieurs journées de travail et ces patients artistes devaient, de plus, attendre fébrilement le développement et le tirage des prises de vues pour juger de la qualité de l’animation. Un tel système doit sembler bien archaïque pour les jeunes générations habituées désormais aux « clics » d’une souris magicienne. Mais de même qu’il n’y a pas de « vieux » livres - puisqu’on lit toujours Balzac ou Montaigne - il n’y a pas de « vieux » films qui seraient voués à l’oubli ou au mépris : il n’y a que des étapes successives qui témoignent de la naissance, puis de la maîtrise progressive d’un art en perpétuelle évolution. Il faut comparer également ce quatuor familial aux équipes actuelles d’animation qui atteignent une centaine de personnes pour un film de 16 minutes comme l’excellent LOGORAMA malgré les avantages évidents de l’outil informatique. Mais pour une fois que le progrès crée des emplois, nous n’allons pas nous en plaindre.

      Devant cette réédition destinée à rendre hommage à ce grand créateur disparu en 1969, on peut seulement regretter une surprenante initiative sur la bande-son qui a intercalé, de ci de là, une musique « moderne » avec un mixage dolby, totalement hors de propos. Heureusement, des éléments de la sonorisation originale - avec ses défauts – ont été maintenus, laissant « dans leur jus  d’origine » les fables telles que les avait souhaitées Ladislas Starewitch.