Tierra

Film espagnol de Julio Medem

Avec Carmelo Gomez, Emma Suarez, Karra Elejalde, Silke, Nancho Novo.

Sortie le 28-08-2002
Compétition officielle Festival de Cannes 1996
 
   

Par Clélia Zernik


Durée: 2h05

 
 
   

Si vous pensez que l'étrange commence par un infime décollement du réel, si vous croyez que la folie brise les facettes de nos vies en autant de morceaux de puzzle qui ne se joignent pas... vous trouverez certainement que Tierra met en avant ce léger écart, ce petit nuage  qui passe devant la clarté de la normalité.

Ici, la folie, et en l'espèce le dédoublement de personnalité, est traitée non pas comme pathologie horrible, porteuse de drames et de crimes, mais comme s'immisçant poétiquement dans les choses. La schizophrénie est un regard plus dense sur le monde, elle ouvre sur un rapport au cosmique, à soi et aux autres.

Soit, donc, des oppositions subtiles et nuancées.

Certes, il y a cette belle ambition de nous faire voir le monde en étrangeté, de nous sortir de cet ancrage humain trop humain en nous rendant à même de sentir le mystère de l'infini au coeur même de l'existence la plus quotidienne.

Mais, malheureusement, les concepts ne font pas un film.
Au contraire, le psychanalytique et la métaphysique à la truelle plombent le récit. L'ambiance reste terreuse et ne s'élève pas à la poésie. Les oppositions sont trop appuyées. On y ressent un enfermement et une pesanteur qui nuisent plutôt au film, dont le rythme et la narration s'empêtrent dans des considérations cosmiques ressassées. Le thème de la dualité féminine et de l'amour humain (divin ou charnel) se cantonne à une sorte d'opposition terme à terme et n'atteint jamais la légèreté et
la finesse de traitement que l'on trouve chez un Bunuel, par exemple.

Malgré une belle photographie et quelques scènes réussies, le film reste bavard , schématique et peu émouvant.