Mardi, après Noël
Marti, dupa craciun

Film roumain de Radu Muntean

Avec Mimi Branescu, Mirela Oprisor, Maria Popistasu, Dragos Bucur, Victor Rebengive

Sortie le 08-12-2010
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h39

 
 
   

Comment rompre ?

      Nous avions découvert Radu Muntean en 2008 à la Quinzaine des Réalisateurs où il présentait Boogie. L’année précédente, son ami Cristian Mungiu avait obtenu la Palme d’Or avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours, nous faisant découvrir les qualités du neo-réalisme à la roumaine. Boogie s’inscrivait dans cette tendance mais la longue nuit de beuverie de ce jeune marié, retrouvant à la plage quelques copains perdus de vue depuis que la vie de famille l’avait isolé, ne pouvait se comparer à l’intense émotion que dégageait le film de Mungiu. Avec Mardi, après Noël, Muntean nous offre une sorte de suite au problème conjugal de Boogie, mais la maturité de sa maîtrise apparaît désormais évidente.

  
   Paul est marié depuis dix ans avec Adriana et papa d’une petite fille, Mara. Il les aime toutes les deux, mais il est surtout submergé par une passion - réciproque - pour Raluca, la dentiste de l’enfant. Il n’a rien à reprocher à sa famille, mais ne peut envisager d’abandonner le bonheur que lui donne l’autre femme. C’est tout. De cette situation classique, banale, conventionnelle, déjà vue, etc. Radu Muntean tire un film âpre et humain, admirablement servi par un trio de comédiens confronté à cet impossible choix. Dans de longs plans-séquences où le talent des acteurs a le temps de s’exprimer, Paul trouvera-t-il la force d’annoncer son intention de quitter son paisible foyer ? C’est l’attente de cet aveu – et ses conséquences - qui constitue la ligne de force de ce scénario dont la conclusion, dans un plan magnifique, réunit la honte et le chagrin d’une famille déchirée, le soir de Noël. Comparés aux dizaines de salles qui projettent Harry Potter, les six écrans courageux qui accueillent le beau film de Radu Muntean ne risquent pas d’atteindre quatre millions de spectateurs : raison de plus pour aller le voir, massivement.