Scott Pilgrim
Scott Pilgrim vs. the world

Film américain de Edgar Wright

Avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Kieran Culkin, Chris Evans, Aubrey Plaza,Jason Schwartzman

Sortie le 01-12-2010
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h52

 
 
   

Perplexités

      Scott Pilgrim est inspiré par une célèbre BD canadienne de Bryan Lee O’Malley qui a déjà consacré six volumes à ce héros, également immortalisé dans un jeu vidéo. Comme on le voit, nous ne sommes pas dans le domaine de la cinéphilie pure.

En feuilletant la bande dessinée, on a l’impression que les personnages ont entre 12 et 17 ans : à l’écran, les acteurs tourneraient plutôt entre 20 et 30, mais comme ils sont d’une chasteté totale et osent à peine se prendre la main, on hésite un peu. Et pourtant, le principal ressort dramatique repose sur les combats successifs que va mener Scott contre les 7 « ex » de Ramona, la fille dont il est tombé raide amoureux. De plus, comme son coloc est un gay militant, on peut donc écarter l’hypothèse que tous ces personnages seraient encore des collégiens vierges et mineurs. Scott et sa petite bande ont formé un orchestre rock assez minable qui triomphe cependant dans quelques concerts locaux. Le grand avantage de la BD, dans ce cas, c’est qu’on peut la lire tranquillement n’importe où en imaginant le son, alors que le film nous soumet à un bombardement de décibels épuisant, puisque les concerts et les combats s’enchaînent sans répit.

      Edgar Wright est plutôt fidèle au livre illustré qui sert de  story-board au film. Sa narration est alerte - dans le style de la BD - avec des incrustations de DRRRING ! ou de VLAM ! synchronisés avec les bruits du téléphone ou des portes claquées. Mais c’est surtout dans le traitement des bagarres que le réalisateur se lâche en les transformant en séquences inspirées de Super, ou Spider ou Batman, avec des coups de poing qui projettent les combattants à 500 mètres de haut d’où ils retombent intacts pour riposter. Cette invincibilité onirique convient assez bien à l’imaginaire du personnage de Scott qui est plutôt du genre frêle et chétif. L’ennui c’est que ce procédé s’installe définitivement et que nous devons subir sept règlements de comptes pratiquement identiques, d’où un film qui frôle les deux heures, ce qui est vraiment longuet pour un sujet (?) aussi mince. A partir d’un livre qu’il n’a pas écrit, avec des personnages imaginés par un autre, on finit par se demander ce que « réalise » le réalisateur, de nos jours, dans ces productions où 90% du spectacle sont dus aux brillantes équipes d’effets spéciaux qui sont devenus les vrais créateurs de ces images étonnantes. On ne se posait guère une telle question, évidemment, devant les films de Chaplin, Bergman ou Fellini. D’où ma perplexité.

      A l'approche des Fêtes de fin d’année, les films labellisés « public jeune » commencent à apparaître. Scott Pilgrim, avec son traitement inspiré de la violence des jeux vidéo, vise plutôt les post-adolescents que les jeunes enfants. Mais on se demande combien de temps ceux-ci pourront résister à la déferlante physique et sonore de ce type de production hollywoodienne, préférant cette agression permanente au charme que peut procurer la simplicité du paisible Alamar, par exemple. Autre cause de perplexité.