Lullaby
Lullaby for Pi

Film américain de Benoît Philippon

Avec Rupert Friend, Clémence Poésy, Forest Whitaker, Matt Ward, SARAH wayne Callies, Colin Lawrence, Dewshane Williams, Charlie Winston

Sortie le 01-12-2010
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h42

 
 
   

Romance Jazzy

Prenez vos cahiers, exercice écrit :
« Dans un New York imaginaire, à une époque imprécise (les disques 33 tours, les voitures et les colleuses de films 35mm n’évoqueront guère le XXIe siècle), un jeune veuf inconsolable, Sam, ressasse son chagrin dans une chambre d’hôtel où il a connu le bonheur. Excellent chanteur et pianiste de jazz, il évoque les soirs où il dédiait sa musique à la chère disparue dans le club où il se produisait. Désormais, vautré sur le lit, il regarde en boucle « Some like it hot » à la télé et n’a plus goût à rien, ce qui désespère ses amis et le patron de l’hôtel qui tue le temps en jouant aux échecs tout seul. Un soir, une inconnue poursuivie par un inconnu, pousse la porte de sa chambre, la traverse en courant et se réfugie dans sa salle de bains où elle s’enferme… »    Développez.

      Reconnaissons que Benoît Philippon – également scénariste de ce premier film - développe parfaitement, avec un humour romantique, cette rencontre insolite entre Sam et Pi - comme π = 3,14…- qu’elle a d’ailleurs tatoué en spirale autour de son nombril. Cette renaissance progressive du musicien par petites étapes le ramenera enfin vers son clavier, retrouvant le plaisir de sessions groovy très réussies dans le night-club où il revient enfin se produire. A ce propos, n’oublions pas de souligner l’apport du compositeur Charlie Winston dans toutes les séquences musicales de ce film et la performance de Rupert Friend qui est parvenu à apprendre le piano et le chant en quelques mois pour pouvoir affronter ce rôle. Clémence Poésy, la bien nommée, apporte fraîcheur et légèreté à cette histoire qui frôle le conte de fée à la Capra. Tout ce projet baigne dans une talentueuse originalité et, ultime détail insolite, ce film en apparence si américain, est réalisé par une équipe presque entièrement française.

      Au milieu de tant de qualités, une légère réserve cependant : le développement de cette romance perd progressivement le charme de la première partie où le scénario fonctionnait à merveille tant que Sam et Pi évitaient soigneusement de se retrouver face à face. Leur réunion va provoquer une première baisse d’invention et, surtout, Benoît Philippon rajoute in extremis - au bout d’une heure quarante - quelques malentendus sentimentaux inutiles qui ralentissent davantage l’arrivée de ce happy ending que tout le monde attend. Cela montre, à nouveau, que presque toutes les histoires d’amour s’acharnent à décrire les obstacles qui empêchent les amoureux de se réunir, mais que très peu décrivent les vraies difficultés qui naissent lorsque le couple s’installe et découvre, en fin, les difficultés de la vie en commun : toutes ces romances s’arrêtent là où elles devraient commencer… Mais ceci est une autre histoire, allez quand même apprécier le charme de Lullaby qui le mérite largement.