Mille millièmes

Film français de Rémi Waterhouse

Avec Patrick Chesnais, Jean-pierre Darroussin, Irène Jacob, Grégori Dérangère, Wladimir Yordanoff, Luis Rego, Suzanne Flon

Sortie le 07-08-2002
 
   

Par Francois, que nous remercions pour sa contribution sur le forum.


Durée: 1h30

 
 
   

"L’épanouissement personnel exige un détour par autrui. C’est une très vieille vérité, l’un des rares secrets de l’existence probablement."
Robert Solé

Au 19 rue des Oursins, rien ne va plus : les clochards trouvent refuge dans la cour, la vioque de l’immeuble laisse son gaz ouvert en allant faire les courses, le concierge finit par devenir encombrant, les prévarications des copropriétaires montrées du doigt… Ah mais heureusement qu’il y a les petites réunions syndicales !

Ce film est un véritable cahier de doléances exécuté par une pléthore de personnages et consiste en une succession de petites saynètes, la plupart se jouant dans les réunions syndicales au café. Mais c’est bien là aussi sa singularité. Certes, comme il fallait s’y attendre, la réalisation n’est pas très originale, cadrant surtout les visages qui font écho aux bons mots de Waterhouse (scénariste de "Ridicule"). Mais parlons un peu de ces mots ! Ce film-monde réussit l’exploit d’être, malgré les réserves exprimées, particulièrement piquant et juste dans sa cruauté. Comme le fait observer l’un des personnages (Wladimir Yordanoff, jouvetien), "Ici, l’humanité n’est pas très reluisante". En effet, tous les personnages concentrent les plus bas défauts possibles : ce n’est quand même pas commun. La précision et l’exubérance congrue des dialogues rappelle même le style brillant de Louis Guilloux !

Étonnants personnages du XXIe siècle qui ne s’enferment pas dans leurs vies privées comme on pourrait s’y attendre mais qui se réunissent dans un nouvel espace publique : après la polis, le syndic ! Le portrait du zappeur, de "l’individualisme défaillant" selon Solé, n’est plus de mise. La conception du vivre-ensemble a réapparu mais en plus minimaliste : soit un ensemble de compromis régis par des cuistres plus ou moins cossus, mesquins, bornés et égoïstes. Entre l’individualisme hédoniste qui va de pair avec une apathie dangereuse et la destruction de la vie privée, les personnages (interprétés par des acteurs à la hauteur qui osent être odieux) semblent avoir trouvé leur petitesse. Seule réserve sur le constat : le personnage d’Irène Jacob, et sa romance avec le fallot Canet, bien trop humaine et naïve au milieu de ce petit tableau d’une autre petite humanité, dans une autre petite France, dans un autre petit Paris que ce qu’on voit d’habitude. Mille millièmes, malgré des aspects faciles et des maladresses, se targue d’être une critique de moeurs virulente et caustique. Waterhouse est finalement digne d’être un bon — petit, quand même — cousin d’Altman, loin d’Amélie Poulain, et c’est très bien comme ça.