Nostalgie de la Lumière
Nostalgia de la Luz

Film chilien de Patricio Guzman

Sortie le 27-10-2010
Mention Spéciale Cannes 2010 : Prix François Chalais
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h30

 
 
   

Passés divers



     Il y a une quarantaine d’années, au Chili, dans la région désertique d’Atacama, les astronomes du monde entier ont réuni leurs efforts pour édifier un observatoire astronomique situé en altitude, dans l’atmosphère la plus limpide de la planète. Depuis, seul Hubble, satellite évoluant dans l’espace, a pu supplanter cet observatoire terrestre dans l’étude des mondes infinis qui nous entourent. Avec Nostalgie de la Lumière, Patricio Guzmán, cinéaste chilien qui a consacré sa carrière à des documentaires essentiellement politiques, nous propose un long métrage qui entrelace différents thèmes impliquant la recherche scientifique, la préhistoire locale, la mémoire collective des drames politiques récents et la difficulté d’oublier, toutes ces activités ayant l'étude du passé – très proche ou très lointain – comme démarche commune.

 

   Dans ce même désert, au pied des télescopes géants qui fouillent les origines de notre univers, on peut découvrir la trace des civilisations préhistoriques qui ont gravé de signes et de symboles les rochers alentour. On y exhume également des cadavres de la période précolombienne presque intacts, momifiés par la sécheresse et la salinité de l’atmosphère. On suppose que le régime de Pinochet a choisi ce lieu désertique pour se débarrasser des opposants au régime en les exécutant, décision qui paraît bien imprudente avec une communauté scientifique si proche et les exceptionnelles conditions de conservation des cadavres dans ce climat exceptionnel. N’empêche, les veuves des condamnés cherchent des restes de leurs disparus, les astronomes cherchent les origines de notre galaxie, les archéologues cherchent les traces des civilisations passées… Les témoignages de ces divers chercheurs constituent l’armature de ce film qui part dans toutes les directions, vaste mélange d’astronomie, de mysticisme, d’ethnographie, de politique, de métaphysique… De très belles images soutiennent ce flux d’interrogations un peu répétitives qui aurait peut-être gagné à être resserré.

    On ne peut oublier, désormais, que c’est aussi dans cet étrange désert d’Atacama que 33 mineurs ont été ensevelis pendant plus de deux mois avant d’être secourus. Trop tard pour que Patricio Guzmán puisse intégrer leur épreuve dans son film qui aurait encore plus mérité son beau titre : Nostalgie de la Lumière.